Problème d’imamat à Siguiri : « l’inspecteur régional des affaires religieuses n’a pas soutenu un camp »

6 juillet 2021 à 20 08 09 07097
Elhadj Moussa Camara, secrétaire préfectoral de la ligue islamique de Kankan

L’inspection régionale des affaires religieuses de Kankan sort enfin de sa réserve. Elle a animé un point de presse ce mardi, 6 juillet 2021, pour se prononcer sur plusieurs sujets la concernant. C’est le cas notamment du problème d’imamat enregistré récemment à la grande mosquée de Siguiri. Les autorités religieuses ont nié toute implication dans cette crise qu’elles sont accusées d’avoir occasionné, rapporte le correspondant de Guineematin.com à Kankan.

Il y a quelques mois, la tension était vive à Siguiri. A la mort d’Elhadj Sory Magassouba, qui était le secrétaire préfectoral des affaires religieuses et premier imam de la ville, deux camps se sont opposés autour de sa succession. Et pour la première fois, des imams ont manifesté dans cette ville pour dénoncer l’attitude de l’inspecteur régional des affaires religieuses de Kankan. Karamo Bangaly Kaba est accusé d’avoir pris position, en destituant Elhadj Issa Fofana, « le successeur légal » d’Elhadj Sory Magassouba dont il était l’adjoint, pour le remplacer par Elhadj Haroune Doumbouya. Aujourd’hui, l’inspection régionale des affaires religieuses a catégoriquement démenti cette accusation.

« C’est feu Elhadj Sory Magassouba qui était à la fois grand imam et secrétaire préfectoral de la ligue islamique. Après son décès, les sages, la préfecture et la mairie, ont désigné de façon consensuelle un imam pour le remplacer. Ils ont fait une note que tout le monde a signée. Cette note a été envoyée chez l’inspecteur régional des affaires religieuses pour l’approuver. Karamo Bangaly Kaba a approuvé leur décision sans se poser de questions. Donc il n’a jamais pris position pour X ou Y, contrairement à ce qui se dit », a déclaré Elhadj Moussa Camara, secrétaire préfectoral des affaires religieuses de Kankan et porte-parole du jour de l’inspection régionale des affaires religieuses.

Par ailleurs, les autorités religieuses ont apporté une précision sur la sanction infligée à l’ancien responsable de la ligue islamique de Banankoro, dans la préfecture de Kérouané. Elhadj Moussa Camara indique que celui-ci a été n’a pas perdu son titre d’imam, mais plutôt ses fonctions administratives. «Elhadj Moussa Sanoh était le responsable de la ligue sous-préfectorale de Banankoro, mais aussi le grand imam de cette sous-préfecture. Il avait suspendu deux imams dans sa localité. La ligue préfectorale de Kérouané a mené des négociations, en vain. Après, ils sont venus au niveau régional. On lui a demandé de rétablir ces deux imams dans leurs fonctions, mais il a refusé. Donc l’inspecteur régional a jugé bon de le remplacer à son poste administratif. Il continue de dire qu’on l’a radié en tant qu’imam, mais ce n’est pas vrai, il est toujours imam », a-t-il dit.

En ce qui concerne la suspension de 6 imams et la radiation d’un autre dans la ville de Kankan, tous accusés d’avoir bravé l’interdiction des prières nocturnes dans les mosquées pendant les dix derniers jours du ramadan, l’inspection régionale des affaires religieuses annonce que ces décisions sont toujours en vigueur.

De Kankan, Abdoulaye N’koya SYLLA pour Guineematin.com

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Covid-19 : à partir du mois d’août, ceux qui ne sont pas vaccinés ne pourront pas se déplacer en Guinée (ANSS)

6 juillet 2021 à 19 07 07 07077
Dr Sakoba Keïta, directeur général de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire

Alors que la pandémie de Covid-19 est en net recul en Guinée, les autorités sanitaires renforcent les mesures de riposte pour prévenir les variants qui inquiètent le monde entier. C’est dans ce cadre que l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS) prévoit de filtrer les déplacements à l’intérieur du pays à partir du mois prochain. C’est son directeur général, Dr Sakoba Keïta, qui l’a annoncé au cours d’une conférence de presse qu’il a animée ce mardi, 6 juillet 2021, a constaté Guineematin.com à travers un de ses journalistes.

Selon les chiffres officiels, la Guinée n’a que 291 malades hospitalisés aujourd’hui dans les centres de traitement de la Covid-19. Ce qui démontre la baisse considérable du nombre de cas positifs dans le pays. Malgré cela, l’heure n’est pas au relâchement au niveau de l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Ses responsables redoutent une troisième vague de la pandémie, en raison de la circulation de plusieurs variants plus virulents.

« Pour le moment, on n’a eu que deux variants en Guinée : Alpha et Bêta. On a échappé de justesse au variant Gamma qui est en train de faire des ravages en Europe, dans certains pays asiatiques et même en Afrique. Il y a un bateau qui est arrivé à Boffa le mois passé, avec des Asiatiques, je ne dis pas le nom du pays, mais à bord de ce bateau, il y avait un corps. C’est-à-dire que sur les 21 membres de l’équipage, il y avait un décès et 11 autres étaient positifs. Et quand on a fait le séquençage, on a trouvé que c’était le variant Gamma.

Heureusement pour nous, cela s’est passé le jour de la fête de Ramadan. Ces gens-là étaient au large de Boffa, ils n’avaient pas accosté, donc les autorités guinéennes les ont isolés là-bas. Et après leur période de confinement, ils se sont retournés. Donc s’ils étaient descendus, c’est sûr que vous auriez dû compter ce variant-là parmi les populations de cette localité », a indiqué Dr Sakoba Keïta, directeur général de l’ANSS, tout en précisant qu’il y a de gros risques que ces variants se retrouvent en Guinée puisqu’ils circulent dans notre sous-région.

L’épidémiologiste déplore le délaissement des mesures préventives, notamment le port de masque et la distanciation sociale, mais aussi le faible taux de vaccination, qui est de seulement 4% en Guinée. Et même ceux qui se sont vaccinés (439.202 personnes), seulement 238.107 personnes ont complété les deux doses. Les autres n’ont pris que la première dose. Pourtant, souligne Dr Sakoba Keïta, il faut que l’intéressé prenne les deux doses normales. Et pour renforcer justement la couverture vaccinale, l’ANSS prévoit une mesure contraignante.

« Nous allons renforcer le contrôle sanitaire à partir du mois d’août. Désormais, dans toutes les sorties et rentrées des grandes villes, le pass vaccinal sera exigé pour tout déplacement. Parce que nous cherchons une couverture de plus de 60% des Guinéens, à commencer par la tête du serpent qui est Conakry. Conakry a 85% des cas de Covid-19 de la Guinée. Donc les sorties de Conakry à partir de fin août vont être filtrées », a laissé entendre Dr Sakoba Keïta.

Depuis l’apparition de la pandémie de Covid-19 en mars 2020 en Guinée, 23.895 cas positifs ont été notifiés dans le pays. 23.245 sont sortis guéris et 173 sont décédés, indique l’ANSS.

Alpha Fafaya Diallo pour Guineematin.com

Tel. 628 12 43 62

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Damaro aux députés frondeurs : « le député ne peut ni gérer, ni contrôler la gestion du Parlement… »

6 juillet 2021 à 17 05 35 07357

Au cours d’une conférence de presse qu’il a animée ce mardi, 6 juillet 2021, à Conakry, le président de l’Assemblée nationale s’est exprimé pour la première fois en public sur la fronde enregistrée récemment au sein du parlement guinéen. Amadou Damaro Camara a répondu aux députés qui ont critiqué sa gestion, l’accusant notamment de népotisme dans l’attribution des marchés. Il a assuré que la nomination des cadres et l’attribution des marchés se font dans le strict respect des procédures en la matière, a constaté un reporter de Guineematin.com qui était sur place.

Honorable Amadou Damaro Camara, président de l’Assemblée nationale

« Dire que ma femme ou mon beau-frère a un marché à l’Assemblée nationale ou que le directeur des ressources humaines serait mon beau-frère ou mon beau-fils, il faut savoir que c’est un ancien pour avoir fait 12 ans à Rio Tinto, 4 ans à GAC. Donc, à la recherche d’un personnel qualifié, il m’a été recommandé de l’interviewer et puis je l’ai envoyé chez le secrétaire général, chose qui a abouti à un engagement et à la signature d’un contrat de deux ans pour qu’il forme et assainisse le fichier. En ce qui concerne la passation des marchés, par mon expérience, je ne me suis même pas directement mêlé, je ne suis même pas signataire. C’est vrai que je suis l’ordonnateur du marché, mais la procédure ne favorise personne et n’exclut personne. Le principe est que quand c’est Paul qui est le plus bon, on le prend. Si c’est sa femme qui le suit, on la prend. Et si c’est son enfant qui vient en troisième position, on le prend aussi pour que le travail soit donné aux méritants », a soutenu Amadou Damaro Camara.

Parlant de « l’opacité » dans la gestion du parlement, dénoncée par les frondeurs, il a laissé entendre que cela démontre la méconnaissance par les députés des procédures parlementaires. Car, dit-il, il ne revient pas à un député de contrôler l’action du bureau de l’Assemblée nationale. 

« A l’Assemblée nationale, le député a son rôle politique. La gestion, le président de l’Assemblée est le seul ordonnateur et la questure exécute. Le député n’a pas le pouvoir, ni de gestion, ni de contrôle de gestion. Alors, j’ai entendu beaucoup de choses ; mais, cela démontre tout simplement qu’ils (les députés, ndlr) ne connaissent pas la procédure. C’est pourquoi, nous avons demandé l’appui des bailleurs pour le renforcement des capacités, et nous avons commencé par faire des ateliers sur les procédures parlementaires. Le seul lien entre les députés et le bureau de l’Assemblée et même la questure, c’est les salaires et les primes. Et ceux-ci sont payés directement dans leurs comptes à partir du ministère du Budget, ça ne passe pas par le parlement », a dit l’honorable Damaro Camara.

Malick Diakité pour Guineematin.com

Tel : 626-66-29-27

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Mandiana : la délégation spéciale de Kodiaran installée dans l’allégresse

6 juillet 2021 à 16 04 34 07347

La nouvelle commune rurale de Kodiaran, située à 25 kilomètres de la ville de Mandiana, a désormais une équipe dirigeante. Une délégation spéciale de neuf membres a été installée hier, lundi 5 juillet 2021, à la tête de sa mairie. La cérémonie a été caractérisée par une grande joie qui témoigne de l’espoir qu’elle suscite chez les habitants de la localité, a constaté le correspondant de Guineematin.com à Mandiana.

C’est le préfet de Mandiana, à la tête d’une forte délégation, qui est allé procéder à l’installation de la délégation spéciale de Kodiaran. Une équipe de neuf membres, qui va diriger cette commune rurale jusqu’aux prochaines élections communales et communautaires. Mohamed Lamine Doumbouya s’est réjoui de l’atmosphère qui prévaut sur le terrain, très différente de celle constatée dans d’autres nouvelles collectivités où les citoyens sont divisés autour du choix des personnes qui vont les diriger.

Mohamed Lamine Doumbouya, préfet de Mandiana

« Quand tu disais aux gens que Kodiaran sera érigé en sous-préfecture et en commune rurale, tout le monde disait que c’est une affaire d’autres générations ou bien d’autres temps. Mais, le président de la République a dit qu’il ne pourra pas donner de l’argent à tous, mais qu’il posera des actes qui vont profiter à tous. Et c’est dans ce cadre qu’il a érigé ce district en sous-préfecture et l’Assemblée nationale l’a érigé en commune rurale. Donc, aujourd’hui, c’est une journée historique dans la vie de Kodiaran, comme en 1975 quand Mandiana a été érigée en préfecture.

Nous remercions les populations de Kodiaran de l’accueil, qui montre qu’il y a l’entente et que vous êtes contents de votre nouveau statut », a salué le préfet de Mandiana. Il en a profité pour prodiguer quelques conseils à l’équipe dirigeante de la mairie de Kodiaran, dirigée par l’ancien président du conseil de district, Laye Djibril Konaté, plus connu sous le sobriquet Vieux Dény. « Nous invitons la délégation spéciale à travailler en commun accord avec les sages, les jeunes, les femmes. Car quand la commune de Kodiaran avance, c’est dans l’intérêt de tous », dit Mohamed Lamine Doumbouya.

A rappeler que c’est le 16 mars 2021 que l’Assemblée nationale a érigé Kodioran et 18 autres nouvelles sous-préfectures en communes rurales. Elle compte 6 districts, dont Marena, Komana, Kodoko 1 et 2, Koromadou et Kodiaran centre

De Mandiana, Mamady Konoma Keïta pour Guineematin.com

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Djèdèkolobaaya s’installe à Siguiri : « nous sommes venus éclairer les gens sur la prière en langue maternelle »

6 juillet 2021 à 13 01 52 07527

Près de trois semaines après son lancement officiel à Kankan, la nouvelle confrérie musulmane dénommée « Djèdèkolobaaya » pose ses valises à Siguiri. Elle a été lancée hier, lundi 5 juillet 2021, dans cette autre ville de la Haute Guinée. Les responsables de cette organisation disent être venus pour éclairer les gens sur la prière (salat) dans la langue maninka (N’ko), rapporte le correspondant de Guineematin.com dans la préfecture.

C’est au centre culturel Djélitomba que la cérémonie de lancement a eu lieu, en présence de nombreux adeptes de cette confrérie musulmane, venus des préfectures de Kankan, Kouroussa et Mandiana ainsi que des sous-préfectures de Siguiri. Selon Bassabati Sidibé, l’un des responsables de la confrérie « Djèdèkolobaaya » à Siguiri, ils sont venus démontrer aux fidèles musulmans qu’il n’est pas interdit de faire la prière (salat) dans une langue autre que l’arable (la langue du coran).

« Nous sommes venus pour éveiller les consciences des gens, les éclairer sur la prière en langue maternelle. Une cause pour laquelle Karamo Nanfo Diaby (l’imam qui a commencé à diriger la prière dans la langue N’ko à Kankan) est incarcéré. 

Nous sommes là pour expliquer et démontrer qu’il n’existe aucune preuve dans le coran qui peut interdire à une personne de prier dans une autre langue que l’arabe. Au contraire, il existe des preuves dans le coran qui démontrent qu’on peut prier dans toutes les langues. 

L’argument que les autres avancent pour dire qu’on ne doit pas prier dans notre langue maternelle est un faux argument. On ne parle de l’unité des fidèles musulmans, alors qu’il y a certains qui prient les bras croisés et d’autres non. Il y a certains qui sont barbus et qui considèrent que les autres musulmans qui ne sont pas comme eux sont des infidèles. Où est l’unité des musulmans ? Aujourd’hui, Karamo Nanfo est en prison, ils sont capables de l’incarcérer mais ils ne peuvent pas incarcérer son idéologie », a déclaré Bassabati Sidibé.

A noter qu’aucune autorité de Siguiri n’a pris part à cette cérémonie de lancement de la confrérie« Djèdèkolobaaya » dans la préfecture.

De Siguiri, Bérété Lancéï Condé pour Guineematin.com 

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Corruption sur l’axe Abidjan-Conakry : policiers et chauffeurs à cœur joie, silence coupable des autorités

6 juillet 2021 à 12 12 08 07087

Traverser les frontières terrestres est interdit entre la Guinée et la Côte d’Ivoire depuis l’apparition de la Covid-19. Officiellement, seul le transport de marchandises est toléré, mais des citoyens en profitent aussi. Une occasion pour les agents de sécurité de les rançonner à souhait. Les rappels à l’ordre n’ont rien changé, la justice reste muette.

Les gouvernements guinéen et ivoirien ont décrété l’Etat d’urgence sanitaire pour limiter la propagation de la Covid-19, installé des postes de contrôle en plus des barrages conventionnels, sur les routes pour veiller au lavage des mains et au port de masque. Mais les forces de l’ordre postées à ces barrages « sanitaires » se sont données d’autres missions : rançonner les usagers.

Sur l’axe Abidjan-Conakry, les postes d’observation tenus par la gendarmerie ont doublé, passant de 7 à 14, explique Ali Touré, convoyeur ivoirien sur l’axe Abidjan-Danané (dernière ville ivoirienne avant la frontière avec la Guinée). Sur la dizaine de villes à traverser sur l’axe Abidjan-Conakry, « on y trouve : douane, police, eaux et forêts, section anti-drogue, agents de santé. Chacun son tarif : Douane, 10 000 à 20 000 FCFA; Eaux et forêts, 500 FCFA ; police, 1 000 FCFA », détaille M. Touré.

Côté guinéen, Junior, convoyeur de marchandises d’Abidjan à Conakry, indique verser jusqu’à 3 200 000 GNF (325 dollars au taux de 1 dollar pour 9 832 GNF  à la date du 27 juin 2021). Les montants varient selon les barrages. La quittance lui coûte entre 60 millions et 150 millions GNF (entre 6 000 et 15 000 dollars au taux du 27 juin) selon le poids. « Cela ne nous sert à rien. À chaque barrage on paye. Ils ne fouillent pas la cargaison, ils demandent juste l’argent ». S’il paye, dit-il, c’est pour éviter des retards de livraison qui conduirait à des ruptures de stock, donc des pertes, il ne sait pas que c’est illégal. 

Syndicats impuissants

Les syndicats de transporteurs, embarrassés, tentent des solutions désespérées. Ahmed Doumbia, secrétaire général de la Confédération des syndicats des conducteurs routiers de l’Afrique de l’Ouest, souligne que des millions de FCFA sont versés aux agents, sans reçu. D’Abidjan à la frontière guinéenne, dit-il, il y a 14 barrages à 2 000 FCFA, « ce qui fait 28 000 FCFA payés sur 640 kilomètres ».

Alpha Oumar Sow de la CNTG (Confédération nationale des travailleurs de Guinée), gère la ligne Nzérékoré-Man-Abidjan. Il a expliqué que les chauffeurs, en accord avec le syndicat, ont changé d’itinéraire pour assouplir l’ampleur du racket. Cela marche en Guinée, pas en Côte d’Ivoire : « Côté ivoirien, la frontière est officiellement fermée, les forces de sécurité font payer jusqu’à 5 000 FCFA par passager. Aux bureaux des douanes, de la police, des eaux et forêts, des agents de santé, de la mairie, il faut payer également ».

Tanou Nadhel Diallo, secrétaire administratif du syndicat des transporteurs de Labé (Guinée), affilié à la CNTG, trouve une explication au racket : « Il y a 52 articles dans le Code de la route guinéen, aucun chauffeur ne peut les respecter à tout moment. On ne peut pas être en règle à 100%. Alors, ils nous font payer ».

Saignée financière

Les paiements indus sur les routes ont fait perdre 33 milliards de FCFA à la Côte d’Ivoire, en 2016, selon l’OFT, Observatoire de la fluidité routière. Cette agence gouvernementale sous tutelle du ministère des Transports ivoirien, veille à la continuité et à la fluidité du transport, routier, ferroviaire, maritime et aérien.

Si en Guinée, il n’y a pas de chiffres sur le racket, le premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, avait reconnu devant les députés, en 2018, que la corruption et les pots de vins font perdre à la Guinée jusqu’à 600 milliards GNF par an (61 021 965 millions de dollars, au taux du 27 juin 2021), tous secteurs confondus.

Une étude réalisée par Afrobaromètre et Stat view international révèle que 63% de Guinéens estiment que la corruption est en hausse; 49% pensent que tous les policiers et gendarmes sont corrompus. Une autre étude des mêmes organisations publiée en août 2020 révèle que 58% des Guinéens ont versé des pots-de-vin aux policiers pour éviter des difficultés aux postes de contrôle. Une tendance à la hausse : 51% en 2017, 58% en 2019, 74% en 2020.

Une culture de la corruption

Paradoxalement, syndicalistes et chauffeurs des deux pays savent, du moins pour certains, que payer indûment est illégal. « C’est illégal, mais ceux qui sont censés appliquer la loi sont ceux-là qui la violent sous tes yeux. Ils te demandent de payer. Si tu les dénonces, ils peuvent te violenter ou te retarder. Alors tu ferais mieux de payer », fulmine Tanou Nadhel Diallo.

Pour lui, le plus dur est encore d’obtenir des preuves contre les forces de l’ordre, il soupçonne une collusion avec la hiérarchie : « La chaîne de corruption va très loin, il y a une complicité ». Le ministère guinéen de la Sécurité et de la protection civile dont les agents sont incriminés a refusé de donner suite à notre demande d’interview.

Ahmed Doumbia de la Confédération des syndicats des conducteurs routiers de l’Afrique de l’Ouest (section de Côte d’Ivoire) se dit conscient qu’ils ont le droit de refuser : « Le commissaire du gouvernement, Ange Kessy, responsable de la cellule anti-racket, nous a interdit de donner de l’argent aux forces de l’ordre. Nous savons que c’est illégal, mais on n’a pas le choix ».

Abdoulaye Sylla, président du Collectif des fédérations des chauffeurs de Côte d’Ivoire pense que les chauffeurs, pour la plupart analphabètes, ignorent la loi : « Une fois, un chauffeur a été pris par la police anti racket, il ne savait pas que c’est illégal ». Alors, les agents en profitent.

« Ce sont des arrangements. Si nous faisons correctement notre travail, certains véhicules seront immobilisés. Les transporteurs eux-mêmes sont conscients qu’ils ne sont pas en règle, à 100% vis-à-vis de la loi et des dispositions sanitaires liées à la Covid-19 », confie un douanier à l’entrée de la ville de Man.

Quant à ses frères d’armes policiers quand nous nous sommes présentés comme journaliste qui voulait savoir pourquoi il confisque certaines pièces de véhicules contre de l’argent, il nous a demandé de nous référer à sa hiérarchie. Après, « il parlera à la presse ». Les agents des Eaux et forêts nous ont renvoyés à leur hiérarchie aussi.

Me Brahima Coulibaly, avocat au barreau d’Abidjan, vice-président du Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH) milite pour la mise en place d’un mécanisme permettant aux routiers de se plaindre et d’obtenir réparation. Mais il se demande bien si un transporteur peut garer son véhicule et entamer une procédure judiciaire ? « En plus, sur les routes, c’est sa parole contre celle du corps habillé. C’est difficile ».

Des lois… inutiles ?

Pour lutter contre la corruption, la Guinée a voté, en 2017, une loi anti-corruption. En plus, le Code pénal guinéen en son article 771 prévoit des peines d’emprisonnement jusqu’à 10 ans et d’amende jusqu’à 10 000 000 GNF. En Côte d’Ivoire, la corruption est punie pratiquement des mêmes peines suivant les articles 28, 29 et 30 du Code pénal. Mais l’application de ces lois se fait attendre.

En Côte d’Ivoire, suite aux nombreuses plaintes des routiers, le Commandant en second de la gendarmerie ivoirienne, le Colonel Major Vako Bamba, a entamé, en avril 2020, une tournée de sensibilisation. « Le gendarme contrôle les pièces du véhicule, l’identité des usagers, seulement si les conducteurs commettent des infractions. Les postes d’observation ne sont pas des barrages, le gendarme est là uniquement pour prévenir, sécuriser, alerter ou renseigner en cas de besoin », rappelle l’officier.

En mai 2021, le chef du parquet militaire ivoirien, le commissaire Ange Kessy, dans un véhicule banalisé a pris des agents en flagrant délit de racket, à l’entrée de Yamoussoukro. Il s’est juste contenté de les rappeler à l’ordre : « Abandonnez ces vieilles habitudes. S’il vous plaît. L’État vous paye déjà », a-t-il dit aux policiers et gendarmes. Aucune sanction n’a suivi. Même pas disciplinaire.

En Guinée, le gouvernement a reconnu le racket en Conseil des ministres le 6 mai 2021. Le ministre de la Sécurité et celui de la Défense ont signé un communiqué conjoint rappelant les forces de l’ordre. Ici, comme en Côte d’Ivoire, aucune sanction n’a suivi.

Sékou Mohamed Sylla, directeur exécutif de l’ANLC, Agence nationale de lutte contre la corruption (agence gouvernementale), explique que c’est l’application de la loi qui pose problème. Sinon, rappelle-t-il, en 2018, le gouvernement guinéen avait publié le même communiqué. « Il faut appliquer la loi, c’est tout », assène-t-il.

Incompétente ou corrompue ?

Dans les deux pays, les médias dénoncent régulièrement le racket, les citoyens aussi. La justice ne réagit pas pour autant. Aucun procureur de Conakry n’a donné suite à nos demandes d’interview sur le mutisme de l’appareil judiciaire. L’un d’eux a dit tout de même : « C’est difficile pour la justice ». Pourquoi ? Il ne le dira pas.

Un juge guinéen a lui accepté de donner quelques explications, à titre informel : « Il faut des gens pour arrêter la corruption. Mais le système est enraciné au point que ceux qui luttent contre la corruption se prêtent à la pratique. C’est difficile ». Selon le juge, pour réprimer un fait, il faut des acteurs. A leurs côtés, des lanceurs d’alerte comme les médias. Même alerté, si les organes de répression n’ont pas « la main mise (connaissance de la chose) et la main libre (pas d’obstacles politiques), ce sera difficile ».

Cette théorie est corroborée par Dr Aliou Barry, Directeur général de Stat view international, expert en gouvernance, représentant de Afrobaromètre en Guinée, pour qui, l’appareil judiciaire doit être soutenu. « Je ne pense pas qu’il y ait de juges compétents en matière de lutte contre la corruption. Il faut les former. Le secteur judiciaire n’a pas assez de moyens ».

Pour lutter contre la corruption, il faut la prévention, la sensibilisation, l’éducation civique, dit-il. Monsieur Barry préconise même l’introduction dans le cursus scolaire ou universitaire des cours d’éthique ou de morale. Il estime qu’il n’y a pas aussi suffisamment de sensibilisation sur la corruption. Certains citoyens, selon lui, sont tellement habitués à payer, qu’ils oublient qu’ils contribuent à asseoir une culture de la corruption. 

Société civile inefficace

Dans les pays démocratiques, la société civile éduque les citoyens à la bonne gouvernance. En Afrique subsaharienne, elle peine à exister. Dansa Kourouma, président du Conseil national des organisations de la société civile guinéenne, soutient que le contrôle de masque est devenu une occasion pour les forces de sécurité de rançonner les citoyens. « Il y a une multiplication des barrages », regrette-t-il. Pour lui, si les citoyens payent, c’est parce qu’ils ne sont pas informés que c’est de la corruption. « La population est vulnérable à la corruption, elle n’est pas informée ».

En Côte d’Ivoire, le président de la Ligue africaine de lutte contre la corruption (Alaco), Alex Nzi Moro Nicaise, trouve que le racket gangrène l’économie, impacte négativement le développement du pays dans la mesure où ce sont des dépenses d’investissement sans reçu : « Ce sont des millions de FCFA qui passent dans les poches des treillis sans traces avec ces centaines de camions qui traversent les corridors au quotidien. Ces passe-droits ne profitent qu’aux forces de l’ordre ».

En ces temps de Covid-19, si la pandémie a cloué nombre de secteurs économiques, envoyé des milliers de personnes au chômage, elle a servi à remplir les poches de certaines personnes. Impunément.

Avec l’appui de la CENOZO (Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation en Afrique de l’Ouest), les journalistes Oumar Tély Diallo et Abou Traoré ont enquêté.

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Libre Opinion : « Sous Alpha Condé, la Guinée devenue un État de non droit »

6 juillet 2021 à 12 12 03 07037
Ibrahima DIALLO, Responsable des Opérations du FNDC, Coordinateur de Tournons La Page en Guinée

Par Ibrahima DIALLO, Responsable des Opérations du FNDC, Coordinateur de Tournons La Page en Guinée : L’arrivée d’Alpha CONDE au pouvoir en 2010, qui bénéficiait des préjugés favorables, avait suscité beaucoup d’espoir au sein de la population guinéenne et auprès des partenaires de la Guinée. Ce grand esprit a viré très vite à la désillusion au fil des mois de présidence.

L’opposant historique du Général Lansana Conté et autrefois opposant historique a changé au point que ses soutiens en Guinée, en Afrique et à travers le monde assument difficilement le fait d’avoir participé à l’avènement, au pouvoir, d’un dirigeant autoritaire qui fragilise les fondements de la démocratie et de l’Etat de droit.

Du règne de la justice du plus fort :

Dans un État dit de droit, la loi est considérée comme l’expression de la volonté générale du peuple et son respect s’impose à tous. De même, la justice est indépendante, responsable et apte à sauvegarder les droits de l’Homme et les libertés fondamentales, sans être sous ordre. Or, dans la gouvernance Alpha Condé, l’injustice est la règle, la violation de la loi, le principe.

La justice, affaiblie et dépouillée de toute son indépendance à travers l’immixtion de l’exécutif dans son fonctionnement, est utilisée par le dictateur Alpha Condé et ses complices dans la répression des opposants au régime. Des citoyens sont assassinés, sans justice, dans l’exercice de leur droit de manifestation ; des opposants sont injustement arrêtés et détenus, pour la majeure partie sans procès, à la maison centrale de Conakry ; d’autres ont leur siège et bureaux fermés et sont interdits de quitter le territoire sans aucune raison de droit.

Le dictateur Alpha Condé et ses soutiens croient avoir un droit de vie et de mort sur ses opposants et sur toutes autres voix discordantes à son régime en toute impunité.

Des crimes économiques érigés en mode de gouvernance :

Pendant que les Guinéens manquent d’eau, d’électricité, d’infrastructures routières, scolaires et sanitaires, les prédateurs économiques pourtant épinglés par la presse indépendante ne sont pas inquiétés.

Depuis 2010, les Guinéens souffrent d’une gouvernance économique où la corruption, la gabegie et le détournement des fonds publics sont devenus des pratiques courantes et tolérées. Les marchés de gré à gré, la floraison des sociétés minières sur fond de corruption, la surfacturation des travaux publics sont autant de facteurs qui contribuent à asphyxier l’économie guinéenne et à maintenir plus de 52% la population dans l’extrême pauvreté.

Face à cette situation désastreuse et au risque qui pèse sur la stabilité sociopolitique et économique de notre pays, il est du devoir de tout citoyen de s’engager pour sauver les fondements de notre Pays, la République de Guinée.

Ibrahima DIALLO

Responsable des Opérations du FNDC

Coordinateur de Tournons La Page en Guinée

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Conflit autour de la délégation spéciale de Kourou : Bouréma Condé donne un avertissement aux protagonistes

6 juillet 2021 à 10 10 13 07137
Général Boureima Condé, ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation

Qui va diriger la délégation spéciale de Kourou jusqu’aux prochaines élections locales ? Cette question divise depuis plusieurs semaines les habitants de cette commune rurale, relevant de la préfecture de Dalaba. Et face à la persistance de la crise, le ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation a convoqué les acteurs clés de ce conflit à Conakry.

Le général Bouréma Condé leur a donné des conseils mais aussi un avertissement. Selon lui, s’ils n’arrivent pas à trouver une personne consensuelle qui va diriger leur délégation spéciale, il prendra une décision radicale qui ne sera pas en leur faveur, a appris Guineematin.com à travers un de ses journalistes.

Selon nos informations, les 7 personnes désignées pour composer la délégation spéciale, le sous-préfet de Kourou, le préfet de Dalaba et le gouverneur de Mamou, ont été reçus ce lundi 5 juillet 2021 par le général Bouréma Condé, ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation. Et il est revenu aux autorités administratives de prendre la parole pour expliquer le fond du problème, indique Moustapha Maléa Diaby, membre de la délégation spéciale de Kourou.

Moustapha Maléa Diaby, membre de la délégation spéciale de Kourou

« Nous avons été appelés par le ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation pour discuter de ce litige. En plus de nous, les membres de la délégation spéciale, le préfet de Dalaba et le gouverneur de Mamou étaient également présents à cette rencontre. Ceux-ci ont pris la parole pour expliquer que le problème se trouve entre les districts de Kourou 1 et Kourou 2. Donc le ministre nous a demandé de retourner au village pour aller laver notre linge sale à la maison. C’est-à-dire, nous entendre et faire une liste consensuelle que nous allons lui transmettre », nous confie ce participant à la rencontre.

Mais quelques minutes seulement après avoir levé la séance, ajoute-il, le ministre Bouréma Condé a rappelé les membres de la délégation spéciale pour leur adresser un dernier message. « Le ministre nous a rappelés, parce que nos administrateurs sur le terrain ont voulu semer la pagaille. Ils ont dit que si on ne peut pas régler le problème ici, on ne pourra pas non plus le faire à Kourou. C’est la raison pour laquelle le ministre nous a rappelés pour nous donner des conseils.

Il a dit que le fait que notre localité soit érigée en commune rurale va nous apporter beaucoup de bonheur. Mais si nous les fils de la localité nous ne nous entendons pas, nous n’aurons pas ce que nous voulons. Et il a ajouté que si on n’arrive pas à s’entendre, il va finalement s’impliquer : soit il va nous suspendre pour deux ans, et nous n’aurons pas dans ce cas les avantages d’une commune rurale, ou alors il ferme complètement et nous n’aurons plus de mairie », a dit Moustapha Maléa Diaby.

Située à 47 kilomètres de la ville de Dalaba, la sous-préfecture de Kourou a été érigée en commune rurale le 16 mars 2021. Sept personnes ont été désignées pour composer la délégation spéciale qui va diriger cette collectivité jusqu’aux prochaines élections locales. Mais les habitants des différents districts peinent à s’entendre sur celui qui va diriger cette équipe. Les uns soutiennent Mamadou Touré de Kourou centre et les autres soutiennent Ousmane Diaby « Gassama » de Kourouba (un district situé à 10 kilomètres de Kourou centre), tous les deux issus du RPG Arc-en-ciel, le parti au pouvoir.

Mamadou Yaya Diallo pour Guineematin.com

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