Guinée : à la croisée des chemins

Alpha Condé, président de la République

Durant ses deux premiers mandats, Alpha Condé avait déjoué tous les pronostics selon lesquels si jamais il arrivait au pouvoir il devait instaurer une dictature. Si bien que certains l’accusaient de complaisance voire de faiblesse. Tant il a ignoré les critiques et ménagé l’opposition. Laquelle a organisé un nombre record de de manifestations. En dépit d’un nombre effroyable de morts, suite à ces manifestations, les leaders politiques, eux, ont pu jouir de leur liberté de parole de de mouvement.

Le projet de modification de la constitution et la nomination d’un nouveau Premier ministre changeront radicalement la donne. Le nouveau locataire du palais de la colombe déclarera qu’il préfère l’ordre à la loi. Le ton était donné. Son gouvernement joindra l’acte à la parole. Une véritable chasse à l’homme fut organisée contre les opposants au troisième mandat. Qu’ils soient opposants  politiques ou acteurs de la société civile, ils apprendront à leur dépens que c’est la fin qui justifie les moyens.

Tous ces opposants furent et le sont encore dans le collimateur de la police et de la justice. Devant la férocité de la répression, certains ont dû prendre le chemin de l’exil. C’est le cas de Sékou Koundouno et d’Ibrahima Diallo qui se sont illustrés dans la résistance contre la modification de la constitution. D’autres adversaires de cette modification sont entrés dans la clandestinité. Les moins chanceux sont en train de méditer à la Maison Centrale. Et visiblement ce n’est pas fini. L’arrestation de M. Haba, responsable de communication de l’ANAD en est l’illustration.

En dépit du relance d’un dialogue politique et social, ce que l’opposition appelle les rapts d’opposants continuent. Une preuve de la radicalisation du pouvoir dont les durs semblent avoir pris le dessus sur les modérés. Sinon le moment devait être u dialogue. Mais comme l’a dit le principal opposant au régime, le pouvoir veut négocier avec le couteau sur la gorge de l’opposition.

Alors que, pour la première fois depuis le début de la démocratisation du pays, il y a un nombre record de prisonniers politiques, ceux qui sont en liberté ne le sont qu’en théorie. L’opposition estime que le pays est devenu une vaste prison à ciel ouvert. Parce que les opposants sont interdits de sortie du territoire. Et ce en l’absence de toute décision de justice.

Au regard de cette triste réalité, le chef de l’Etat est en train de donner raison à ceux qui soutenaient dur comme fer qu’il n’est pas un homme de dialogue et de concertation. Ou même ceux qui prédisaient le pire avec lui. Et c’est là qu’il devrait tout mettre en œuvre pour changer de stratégie politique. A la place du bâton, il a tout à gagner à manier la carotte avec son opposition.

C’est pour l’histoire. C’est à lui de choisir ce qu’il veut que cette histoire retienne de lui. Car dans toute œuvre humaine, c’est la fin qui compte. S’il écoute et applique les recommandations de ceux qui lui disent de sévir implacablement contre l’opposition, la Guinée connaitra une fin de règne dictatoriale. A contrario, s’il privilégier le dialogue et la concertation, il y a de fortes chances que les nombreuses victimes durant son règne soient passées en perte et profit. A lui de choisir.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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