Comme annoncé précédemment sur Guineematin, l’Association des Victimes du Camp Boiro a commémoré le 48ème anniversaire des pendaisons du 25 janvier 1971. Ce jour, 88 personnes ont été pendues à travers tout le pays par le régime de Sékou Touré. La cérémonie de ce vendredi a été caractérisée par le témoignage de certains rescapés du tristement célèbre Camp Boiro, où de très nombreux guinéens et même des étrangers ont été torturés, parfois à mort, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Certains survivants du camp Boiro, ce goulag tropical, se souviennent encore de l’enfer qu’ils ont vécu. C’est le cas du doyen Abass Bah, président de l’Association des Victimes du Camp Boiro (AVCB).

Décryptage !

Abass Bah, survivant du camp Boiro

« Moi-même, je suis une victime. J’ai fait sept (07) ans au camp Boiro. Donc, les gens qui sont morts-là, étaient mes compagnons d’un moment à un autre. Malheureusement, ils sont morts et moi je suis sorti. Mon devoir, même à la place de chercher de quoi nourrir ma famille, mon devoir c’est de lutter pour que cela ne recommence plus jamais dans notre pays. Ce n’est pas la bagarre entre deux guinéens, non ! C’est la bagarre pour que le droit soit, pour que l’Etat qui a contribué à détériorer notre nation soit refondu et réconcilié avec son rôle régalien. Que l’Etat soit au service de la nation guinéenne et non contre la nation guinéenne.

Je l’ai dit au palais du peuple le 25 septembre, on nous arrêtait la nuit, on nous torturait la nuit et on nous tuait la nuit. Moi, j’ai vu, je ne peux même pas compter le nombre de personnes qui sont sorties de ma cellule pour être exécutées. On nous traitait moins que des animaux, on avait un litre d’eau par 24 heures chacun. Un litre d’eau pour tous vos besoins, on dormait par terre. Même le goudron qui est au camp est meilleur que le macadam sur lequel on dormait en prison. On était nu, nu et nu.

Ils avaient ce qu’on appelle la diète. La diète, c’est qu’on ferme votre cellule et on marque la lettre D sur la porte et on disparait. On vous rouvre la porte que seulement huit (08) jours après. Vous n’avez pas mangé, vous n’avez pas bu et vous n’avez pas vu la lumière. Et ça, c’était la tradition dans le bloc où on est là. Moi, j’étais le numéro 22, depuis le jour où on m’a arrêté, on m’a appelé le 22 jusqu’au jour de ma libération après 7 ans.

Croyez-moi, ceux qui étaient là, c’est parce qu’ils étaient honnêtes, patriotes, compétents et ils pensaient au développement de notre pays. C’était les seules raisons qui les amenaient à l’intérieur de ce bloc.

Nous, nous souhaitons que cela ne se reproduise plus jamais. Parce que, si on avait réglé la question en 1984, on n’aurait pas eu le 28 septembre 2009. Vous avez vu dans quelle situation on est. On ne peut expliquer ça par une sanction divine sur la Guinée due aux comportements des guinéens. Mais, ce comportement, ils l’ont posé avant aujourd’hui. Vous êtes victimes, je suis victime et on est victime de ceux-là qui s’étaient comportés comme ça avant.

Alors, vous connaissez ce qu’on appelle le hakkê (le péché), il n’a pas de remède. Le seul remède, c’est que vous n’en contractiez pas. Si vous contractez un hakkê, vous le payerez d’une manière ou d’une autre. Soit, c’est vous ou c’est vos enfants. Alors on est piégé. Donc, nous devons aller à la réconciliation qui consiste à quoi : c’est la vérité, la justice et la réconciliation.

La vérité c’est quoi, au moins qu’on nous donne les charniers où les gens ont été ensevelis comme des bouts de bois. Ils n’ont pas eu de sépulture, or les imams et les chrétiens disent quand un homme qui meurt n’a pas de sépulture, son âme erre dans son quartier et maudit les gens du quartier jusqu’à ce qu’elle ait une tombe. Il y a 5O milles personnes au moins qui ont été tuées soit en Forêt, en Haute Guinée, en Basse Guinée ou au Fouta. Il faut qu’on rende hommage à ces gens-là, il faut qu’on porte leur deuil, qu’on leur donne une sépulture digne d’un être humain. Quand ça c’est fait, le reste suit ».

Propos recueillis par Siba Guilavogui pour Guineematin.com

Tel : 620 21 39 77/ 662 73 05 31

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