Mamadou Pathé Diallo, victime de violences de la part de son patron

En quête de justice depuis des années, Mamadou Pathé Diallo vient de briser le silence pour évoquer publiquement la violence dont il a été victime en 2016 de la part de son patron nigérian, Jonathan Bazo, au marché Madina à Conakry. Ce jeune guinéen, âgé d’une trentaine d’années, a été passé à tabac par son employeur pour un présumé vol d’argent. Ce vol n’a jamais été prouvé ; mais, les coups administrés à Pathé Diallo eux ont laissé des traces, de graves blessures. Un de ses « testicules a été complètement écrasé » par le violent coup qu’il a reçu sur sa partie génitale.

Aujourd’hui encore, il traine les séquelles de cette violente bastonnade dont il a été victime. Il lui arrive très souvent de pisser du sang à la place des urines. Son médecin lui a déjà suggéré une « évacuation pour le Maroc où la France pour une intervention chirurgicale » lui permettant au moins de faire des enfants. Mais, dépourvu de moyen, il ne peut effectuer ce voyage. Sa femme l’a même quitté parce qu’il a été jugé « inapte » au lit… Et, pendant ce temps, l’auteur de tous ses maux d’aujourd’hui se la coule douce dans la nature sans aucune contrainte.

Selon des informations confiées à Guineematin.com, cette descente aux enfers a commencé en 2016 pour Mamadou Pathé Diallo, après au moins 2 ans de travail dans le magasin de Jonathan Bazo à Madina. Ce dernier est un vendeur de pièces de rechange de véhicules. Il faisait son négoce avec le jeune Pathé Diallo à qui, parfois, il donnait plusieurs dizaines de millions de francs guinéens à verser à la banque. Mais, dans la journée du 22 avril 2016, cette relation de confiance et de collaboration entre ces deux hommes a viré au cauchemar. Jonathan Bazo a accusé Pathé Diallo de vol d’argent et lui a infligé de violents coups sur différentes parties de corps (y compris sa partie génitale).

« Jonathan Bazo était mon patron depuis 2014. Il a l’habitude de me donner de 15 à 30 millions de francs guinéens, parfois en dollars, pour aller faire le versement. Maintenant, le 22 avril 2016, il m’a donné une somme de 30 mille dollars pour aller verser dans une entreprise. Après, je suis revenu lui remettre le reçu. Une heure plus tard, mon frère Tibou m’a appelé pour me dire qu’il voulait me faire un dépôt de 600 mille francs pour lui acheter un téléphone Androïd. Je lui ai donné mon accord. Entretemps, je me suis approché au patron pour lui demander la permission d’aller acheter le téléphone de mon frère au marché. Il a accepté. C’est ainsi je suis allé faire le retrait pour aller acheter le téléphone et je suis revenu. À 16 heures, pendant que nous étions tous au magasin, il a appelé un cambiste pour lui faire la devise. Quand celui-ci est venu, il a sorti un montant de 10 millions en billet de 10 mille francs. Cela a coïncidé à l’appel de mon grand frère pour savoir si j’ai pu acheter son téléphone. J’ai donc mis la main à la poche pour sortir mon téléphone qui sonnait. Soudain, il (Jonathan Bazo) se lève en me disant : Pathé, c’est comme ça que tu travailles ? J’ai répondu comment ça ? Il m’a dit : tu es en train de me voler comme ça. J’ai dit non, je ne suis pas en train de te voler. Il m’a demandé de me lever pour me fouiller. Je me suis tout de suite levé en soulevant mes deux mains pour qu’il fasse sa fouille. Il a commencé à fouiller les deux poches de mon pantalon et il a retrouvé une somme de 200 mille sur moi. Il a automatiquement dit que c’est son argent. Pourtant, tous les 10 millions étaient en billet de 10 000 et l’argent qu’il a pris sur moi était en billet de 20 000 francs. Furieux contre moi, il m’a d’abord donné un coup au niveau de ma partie génitale et plusieurs autres sur ma figure et un peu partout sur le corps comme il est plus robuste que moi. Les gens m’ont transporté d’urgence au CHU de Donka. De là-bas, on m’a transféré à Ignace Deen. Les médecins ont dit de faire l’échographie. Au réveil, le médecin m’a dit que le testicule est complètement écrasé, qu’il faut que je subisse des interventions chirurgicales. Donc, j’ai fait ça. Après, j’ai porté plainte à la DPJ. On a convoqué le Nigérian, il est allé et a reconnu les faits. Sur place, il a versé neuf millions pour les premiers soins. Après, il est venu en personne me voir à l’hôpital Ignace Deen. Quand il a vu mon état, il a fondu en larme et m’a demandé pardon avant de rentrer. Il est resté comme ça sans être arrêté par la DPJ. Quand je suis sorti de l’hôpital pour la maison, il est encore venu me rendre visite. Il m’a dit ce jour qu’il va me donner un salaire à vie et que si le médecin dit que je ne pourrai plus satisfaire les femmes et faire des enfants, qu’il va me donner un de ses enfants. Je lui ai dit que tout cela n’est pas un problème, mais d’attendre que je sois guéri et qu’on me dise que je ne peux plus faire d’enfants. Après chez moi, il est allé dire à la DPJ qu’il est allé me donner un sac de riz et du sucre et une somme de 300 mille pour ma dépense. Quelqu’un m’a appelé de la DPJ pour me demander ça.  J’étais tout étonné. Le lendemain, il (Jonathan Bazo) est venu aussi avec un diplomate de leur ambassade, lui aussi est venu avec une promesse qu’il va m’acheter 100 vaches. Je leur ai dit que c’est mon état de santé qui m’inquiète d’abord », a expliqué Mamadou Pathé Diallo.

Malheureusement, la procédure dans cette affaire a assez trainé ; et, en lieu et place d’une justice, Pathé Diallo aurait été menacé d’emprisonnement par le juge Diawara (à l’époque juge d’instruction du tribunal de Dixinn et actuellement procureur général à la Cour d’Appel).

« Difficilement la DPJ a accepté de déférer le dossier au tribunal. Et, quand le dossier a été déféré au tribunal de Dixinn, le juge d’instruction a appelé mon avocat pour lui demander de me dire d’aller au tribunal. Je suis allé le rencontrer avec mon avocat. Le juge m’a demandé de lui expliquer le problème, je lui ai expliqué tout. Après, il m’a demandé ce que je demande dans cette affaire. J’ai dit que j’ai juste besoin d’argent pour me soigner. Il m’a dit d’accord, qu’il va programmer le dossier dans un mois et que le prévenu est mis sous contrôle judiciaire. Quelques temps après, mes amis de Madina m’ont appelé pour me dire que mon patron est allé à Dubaï et qu’il voyage souvent en Chine et ailleurs. Préoccupé, je suis allé voir le juge qui m’a dit qu’il est placé sous contrôle judiciaire. Ce jour, le juge Diawara (qui est actuellement procureur à la cour d’appel, à l’époque juge d’inscription à Dixinn) m’a dit ceci : s’il (Jonathan Bazo) voyage, et après ? Ou bien tu veux l’envoyer chez un marabout ou encore parler du problème dans les médias ? Mais, si jamais j’attends moi mon nom dans un média, je vais t’enfermer. J’ai dit alors si vous pensez à m’emprisonner dans mon état de souffrance-là, je préfère la prison que de me laisser faire. Du coup, il a ordonné un gendarme de me mettre dehors… », a indiqué Mamadou Pathé Diallo.

Malheureusement, ce jeune guinéen est encore très souffrant. Et, avec sa couille écrasée, Pathé Diallo a perdu sa femme. Son épouse à tout bonnement demandé le divorce parce qu’il ne peut plus faire d’enfant à moins d’une évacuation en France ou au Maroc. Une évacuation dont il n’a pas les moyens de se payer.

« Là où je vous parle, il y a un de mes testicules qui est complètement écrasé, opéré et enlevé par les médecins. Depuis mon retour à la maison, je suis vraiment malade. Depuis que ma femme a senti que je ne peux pas faire d’enfants dans cet état, elle m’a quitté. Elle est partie il y a 3 ans. Je me suis marié le 22 mars 2016 avec elle ; et, un mois après (le 22 avril de la même année), j’ai eu ce problème. Mon médecin me dit pour faire des enfants il faut qu’on m’évacue dans les pays comme la France, le Maroc, la Tunisie, la Chine… pour faire l’opération. J’ai eu du mal à manger du riz et autres, dès que je les mange, mon ventre me fait très mal. Actuellement, je ne prends que du jus et du Lipton. Et, ça fait deux mois que je perds mon sang en urinant et en partant au sel. Je demande à toute personne de bonne volonté, les ONG, mais surtout au président de la République de m’assister. Car, mon état de santé est en danger. Aussi, je voudrais dire que le juge qui est censé me protéger s’est très mal comporté à mon égard dans cette affaire au profit d’un étranger parce que je suis tout simplement pauvre », a dit Mamadou Pathé Diallo.

A noter qu’après moult péripéties, le dossier de Pathé Diallo a été jugé en première, en 2017, au tribunal de Dixinn. Et, cette juridiction a condamné Jonathan Bazo à 6 mois de prison assortis de sursis et au payement de 9 millions francs guinéens à titre de dommage et intérêt à la partie civile (Pathé Diallo). Mais, n’ayant pas été satisfait, la partie civile a fait appel de cette décision ; et, un procès en appel dans cette affaire est programmé pour le 28 juillet prochain à la Cour d’Appel de Conakry.

Malick Diakité pour Guineematin.com

Tel : 626-66-29-27

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