Conflit entre agriculteurs et éleveurs à Lola : Fatoumata Sagno raconte le calvaire des villageois

Depuis quelques jours, un conflit entre agriculteurs et éleveurs est signalé dans la sous-préfecture de Gonota, préfecture de Lola, en Guinée Forestière. Le bilan fait état d’au moins deux morts et de plusieurs arrestations. Selon nos informations, le village de Gonota est aujourd’hui déserté.

A l’occasion d’une conférence de presse animée par le Bloc Libéral ce mardi, 23 avril 2019, à son siège à Yembéya, dans la commune de Ratoma, madame Fatoumata Sagno, originaire de la localité et sympathisante du BL, est revenue sur ce qui se passe sur le terrain en ce moment.

Décryptage !

« Je suis là pour expliquer la violence qui se passe chez moi, à Gonota. Je vous dis qu’aujourd’hui, je n’ai pas la paix et aucun d’entre-nous n’a la paix, personne ne dort à l’aise. On ne peut pas dormir dans une maison pendant que nos parents sont en train de dormir en brousse, à la belle étoile ou à la prison à Lola, tout simplement à cause d’un problème de bœufs. Je vois qu’aujourd’hui, les gens préfèrent plus les bœufs que l’être humain. Quand je regarde la situation, j’ai le dégoût de rester en Guinée. Je ne peux pas comprendre que mon papa qui a 100 ans, les soldats rentrent dans mon village, ils lancent le gaz lacrymogène partout, jusqu’à ce que le vieux se retrouve en brousse. Là où je vous parle, il est encore malade. Je ne suis revenu de là-bas que le 25 mars, parce qu’il est malade. Toute la population a fui pour laisser mon papa à la maison. Il a fait deux jours sans manger pour un problème de bœufs. Je pense qu’en tant qu’être humain, on devait s’asseoir pour parler. Mais aujourd’hui, notre village est devenu la jungle, c’est le sauve-qui-peut. Celui qui peut courir, il court. Celui qui ne peut pas est envoyé à Lola. Et, on nous dit qu’on a des autorités, on a un chef de village, un maire, un sous-préfet, on a un préfet… Où ils sont ? Où ils sont pour que tout cela se passe sans que personne ne lève le petit doigt ? Pourquoi ? Ou bien c’est parce que c’est nous ? Où bien nous on est bien à être dans la brousse et que les bœufs soient en ville ? Là, je ne comprends plus rien. Depuis plusieurs jours, c’est devenu la chasse à l’homme. Les cargos poursuivent les gens. Quand ils garent les cargos ailleurs, ils rentrent dans les campements pour chercher les gens. Pourquoi ? Je me pose la question ou bien c’est parce que c’est Gonota où bien c’est parce que c’est la forêt ? Je me pose cette question. C’est pourquoi je n’arrive pas à dormir.

Le dimanche passé, dans la fuite, l’enfant de mon grand frère est décédé à 10 heures. J’étais à l’église quand on m’a appelé pour dire que ma nièce est décédée. Elle était malade et sa maman fuyait avec elle ; mais elle n’a pas survécu. Là, personne n’en parle et imaginez si c’était un bœuf qu’on avait tué, vous pensez que ça n’allait pas dégénérer de plus ? Sincèrement, chez moi est devenu un champ de bataille…»

Propos recueillis par Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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