En séjour en Guinée, son pays d’origine, Boubacar Sidi Diallo, professeur de droit international en Pologne, a accordé un entretien à Guineematin.com, le vendredi 20 septembre 2019. Avec lui, nous avons évoqué son parcours et ses expériences en Europe, son livre qui porte sur le système africain régional de sécurité collective à la lumière du droit international, publié en Pologne, et un projet de coopération entre l’université où il travaille et les institutions d’enseignement supérieur de notre pays.

Décryptage !

Guineematin.com : vous êtes professeur de droit international dans une grande université de Pologne, parlez-nous d’abord de votre parcours qui vous a conduit dans ce pays européen.

Boubacar Sidi Diallo : je suis originaire de Télimélé, où j’ai passé mon enfance. Quand j’ai eu le bac à partir de Fria, j’ai eu une bourse d’études du gouvernement guinéen pour aller continuer mes études en Pologne. Et, c’est comme ça que je ne me suis retrouvé en 1989 en Pologne et j’ai commencé des études de droit. Après la maîtrise, j’ai fait la thèse en droit international public sur la problématique du règlement pacifique des différends internationaux en Afrique. Ensuite, j’ai continué mon parcours universitaire sur la recherche scientifique en faisant une deuxième thèse pour l’habilitation sur la sécurité collective, principalement le système africain régional de sécurité collective à la lumière du droit international.

Guineematin.com : justement, c’est le thème d’un livre que vous avez écrit et publié en Pologne. L’ouvrage est intitulé « Système régional de sécurité collective à la lumière du droit international ». Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre ?

Boubacar Sidi Diallo : le motif a été double. Premièrement, c’était une volonté résolue de présenter les problématiques africaines liées à la sécurité, liés aux menaces, pour mes confrères européens avec lesquels je travaille. Parce qu’ils n’ont pas accès à certaines données réellement. Les informations qu’ils ont, ce n’est pas toujours de sources sûres. Alors ça, c’est la première motivation, c’est-à-dire pour essayer de remplir ce vide dans le cadre de documents universitaires chez nous. Le deuxième aspect, c’était de revoir est-ce que le système régional africain de sécurité collective allait être compatible avec le droit international classique. Vu que le droit international classique était conçu exclusivement pour régler les conflits classiques, c’est-à-dire les conflits entre Etats, et maintenant nous assistons à d’autres types de menaces à d’autres types de conflits et avec la participation de différents acteurs qui ne soient pas seulement l’Etat.

Guineematin.com : je vois que le livre est écrit en polonais, quels sont les thèmes que vous abordez ?

Boubacar Sidi Diallo : il y a deux, voire trois volets dans ce livre. La première des choses, c’est de voir l’impact du droit international par rapport au maintien de la paix, par rapport à la sécurité collective dans son ensemble. Est-ce qu’avec le droit, on peut espérer maintenir la paix, sans pour autant passer à d’autres instruments beaucoup plus complexes ? Ça c’est le premier volet. Le deuxième volet, il s’agit de voir est-ce qu’il est nécessaire fondamentalement de passer à la décentralisation du système de sécurité collective qui, depuis la première guerre mondiale, a été un système centralisé au niveau des institutions universelles. D’abord avec la société des nations, ensuite avec l’ONU actuellement qui donne l’exclusivité de la sécurité collective au conseil de sécurité. Alors, est-ce qu’il est nécessaire maintenant de décentraliser le système de sécurité collective au niveau des structures, des organisations régionales telles que l’union africaine.

En droit, on dit que la justice doit être proche des justiciables. Est-ce que maintenant ici aussi, le système doit être beaucoup plus prêt de ceux-là qui sont censés être intéressés par ça ? Ça c’est le deuxième volet. Ensuite, on a essayé d’aborder aussi la problématique qu’on appelle la responsabilité de protéger. La responsabilité de protéger, est un nouveau concept du droit international qui veut remplacer les notions classiques : telles que les aides humanitaires ou alors ingérence pour aide humanitaire.

Guineematin.com : quel est le constat que vous avez fait en fin de comptes ? Y a-t-il une compatibilité ou non entre le système régional de sécurité de collective et le droit international ?

Boubacar Sidi Diallo : vous savez, en principe, le droit international régional, on peut l’appeler ainsi, doit avoir un caractère complémentaire, disons doit s’accommoder au droit international général. Cependant, on contacte qu’avec les situations actuelles, il y a des innovations, il y a des réadaptations. On se réadapte aux réalités de chaque région. Par exemple, vous constatez qu’en Afrique, il y a beaucoup de conflits internes. Dans d’autres régions, vous avez des conflits avec la participation d’acteurs non étatiques. Donc il faut essuyer de voir dans quelles mesures on peut faire face à ces défis, faire face à ces menaces. Donc, la sécurité collective dans son ensemble ne constitue pas seulement une problématique liée à la guerre.

C’est aussi l’environnement, donc les menaces au niveau des changements climatiques, c’est aussi les pandémies. Vous l’avez constaté ici en Guinée avec Ebola et autres, tout cela est considéré comme étant des problématiques qui doivent être prises en amont ensemble pour qu’on puisse trouver une solution à ces problèmes. Vu que le conseil de sécurité est allé jusqu’à considérer Ebola comme étant une menace à la paix et à la sécurité internationale, une première dans l’histoire des institutions universelles, ça veut dire qu’on ne doit plus se camper à chercher des armes et autres pour faire face à des conflits classiques qui pratiquement n’existent plus. Mais, plutôt le terrorisme avec la participation d’individus, d’acteurs non étatiques.

Guineematin.com : vous êtes venu en Guinée avec projet pour les universités guinéennes. De quoi s’agit-il au juste ?

Boubacar Sidi Diallo : aujourd’hui, à travers le monde, il y a des mutations, il y a des changements qui surviennent, il y a ce qu’on appelle la mondialisation. En Europe, aujourd’hui, on a considéré que la science, la recherche scientifique dans son ensemble ne peut plus se limiter à des frontières restreintes. C’est pourquoi on parle maintenant d’internationalisation de la science et d’internationalisation de la recherche. Alors, les universités européennes commencent à s’ouvrir à d’autres institutions d’enseignement supérieur à travers le monde. Et cela, dans l’intérêt de toutes les parties.

On est déjà en partenariat avec certaines universités africaines comme l’université Cheick Anta Diop de Dakar. L’année dernière j’étais à Dakar, j’ai présenté le mémorandum par rapport à ça, et nous avons signé un mémorandum de coopération avec l’université de Dakar. Ce qui fait qu’aujourd’hui, il y a beaucoup de jeunes sénégalais qui viennent chez nous pour étudier, et même des professeurs sénégalais qui viennent acquérir la méthodologie de travail de chez nous, nous aussi nous partons chez eux pour apprendre. Cette année, c’était l’arrivée du Recteur de l’université de Bamako chez nous. Il a montré sa détermination absolue d’être parmi ceux-là qui vont piloter ce programme.

Et, vu que je suis de la Guinée, vu que je suis dans le domaine, je me suis dit qu’il faut absolument faire le nécessaire pour que ne serait-ce qu’une seule université guinéenne soit coptée dans ce processus que nous avons appelé actuellement l’internationalisation de la science. Au niveau de l’union européenne, on a créé un nouveau programme qui va au-delà des pays qui constituent l’union européenne. Donc, on peut se baser sur ce programme pour essayer de trouver des financements appropriés pour nos jeunes qui veulent se former et surtout pour améliorer encore la qualité du personnel enseignant, afin que sur place, on puisse avoir des personnes ressources fiables pour la formation des jeunes.

Guineematin.com : depuis que vous êtes arrivé en Guinée, avez-vous parlé de ce projet avec les autorités en charge de l’enseignement supérieur ?

Boubacar Sidi Diallo : oui, hier j’ai eu le privilège de rencontrer le ministre de l’enseignement supérieur, qui a montré absolument son intérêt par rapport à cela. Il a même instruit le Recteur de l’université de Sonfonia de nous rencontrer pour qu’on en parle en détails.

Guineematin.com : quelles sont les conditions à remplir pour faire partie de ce projet ?

Boubacar Sidi Diallo : avant tout d’abord, il faut rendre les choses formelles, c’est le plus important. Il faut d’abord qu’il y ait un mémorandum, une convention unique. Et, les conventions ont un caractère général, elles touchent tous les aspects. Maintenant, les détails dépendront du besoin. Notre université a près de 60 000 étudiants et 13 facultés différentes. Donc, les deux parties verront ensuite dans quels domaines elles vont coopérer. Sinon, pour signer la convention, il suffit juste de l’engagement des deux parties.

Guineematin.com : vous avez dit que le ministre a instruit le Recteur de l’université de Sonfonia de vous rencontrer pour en parler, est-ce que c’est la seule université guinéenne qui est visée par le projet ?

Boubacar Sidi Diallo : le projet n’a pas de limités. Mais, pour l’instant, c’est seulement le Recteur de cette université que j’ai la possibilité de rencontrer. S’il y en avait d’autres, je les aurais rencontrés aussi pour parler de ce projet. Mais, c’est la seule possibilité qui m’est donnée pour le moment. On va se rencontrer et échanger. Puis, à mon retour en Pologne, je vais présenter la situation aux autorités et on verra ce qu’il y a lieu de faire. En ce qui concerne le Mali, c’est en une semaine qu’on leur a envoyé l’invitation. Ils sont partis voir nos installations, ils ont vu ce que nous avons à offrir. Donc à travers ça, eux-mêmes ils ont déterminé le cadre de leurs besoins. C’est un peu quelque chose comme ça qui pourrait advenir avec la Guinée aussi.

Guineematin.com : on va parler de vous personnellement. Vous avez étudié en Guinée, vous avez fait l’école primaire et le secondaire ici, vous êtes parti ensuite en Pologne pour faire l’université. Comment êtes-vous parvenu à vous intégrer jusqu’à être pris comme professeur de droit international dans une si grande université de ce pays ?

Boubacar Sidi Diallo : ça, c’est un processus long et complexe. Il fallait être constant, il fallait être déterminé. Des fois, ce n’est plus l’intelligence qui détermine le succès, mais c’est plutôt la détermination, l’engagement, la volonté d’y arriver. En Pologne particulièrement, le doctorat seulement ne vous ouvre pas de grandes portes, il faut avoir absolument l’’habilitation. C’est l’habilitation qui vous permet de devenir professeur, c’est l’habilitation qui vous permet d’être directeur de thèse, c’est l’habilitation qui vous permet d’être directeur de groupe de chercheurs. Un docteur simple ne peut pas être à la tête d’un groupe de chercheurs, ne peut aussi diriger une thèse. C’est ce qui fait que j’ai eu l’ambition d’aller à l’habilitation et puis aller au-delà.

Donc, comme le droit international est un domaine très vaste, après le doctorat, j’ai essayé de cibler plusieurs domaines précis, entre autres les droits de l’Homme. Je suis allé me former à l’institut international des droits de l’Homme de Strasbourg (France), là où j’ai été certifié comme étant habilité à enseigner les droits de l’Homme dans les universités. Ensuite, je suis arrivé à l’académie de la Haye (Pays-Bas) où j’ai été certifié avoir acquis des connaissances requises pour se réclamer étant spécialiste en droit international. Ensuite, jai essayé aussi d’approfondir un peu mon niveau en termes de langue. En Pologne, on utilise que le polonais et l’anglais comme langues de travail. C’est pourquoi d’ailleurs, j’ai parfois du mal à bien parler français aujourd’hui, parce que depuis près de 30 ans je ne parle que le polonais et l’anglais.

Et puis, il fallait parler de l’intégration. Actuellement, à la faculté de droit et administration de l’université où je travaille, non seulement je suis le seul professeur étranger, mais je suis le seul étranger dans l’université. Parce qu’il n’y a même pas d’étudiants à plus forte raison d’autres professeurs étrangers. Donc, c’est ce qui fait je suis à l’œil de tout le monde. Tout ce que je fais est vu et analysé par tout le monde. Mais, je suis aussi actuellement l’un des rares professeurs de cette université qui peuvent éventuellement s’efforcer à donner des cours magistraux en trois langues différentes : anglais, français et polonais, donc c’est l’atout aussi d’apprendre les langues. Ça vous permet toujours d’avoir un pas en avant par rapport à vos concurrents éventuels.

Guineematin.com : en dehors même de l’université où vous travaillez, comment est-ce que vous êtes vu par la société polonaise ?

Boubacar Sidi Diallo : vous savez, les gens ont tendance à donner des verdicts sans autant analyser les bases sur lesquelles le verdict a été rendu. Cela veut dire qu’on se base sur des stéréotypes pour faire des jugements qui ne sont pas du tout fondés. Je peux vous dire une chose, dans toutes les communautés, partout dans le monde, les gens ont peur de ce qui est étranger. Je l’ai vécu en Europe, je l’ai vécu aux Etats-Unis parce que j’y ai habité aussi dans le cadre de la formation. Mais, quand vous arrivez à approcher l’étranger et vous le découvrez, vous saurez réellement qu’il n’est pas être étranger. Donc, si moi je suis en Pologne, c’est à moi de chercher à m’intégrer. L’intégration, c’est d’essayer d’apprendre les mœurs, apprendre tout ce qui est là.

Ça ne veut pas dire me déraciner, mais ça veut dire que j’essaie de comprendre comment on vit dans ce pays. Et, au fil du temps, les gens ont cessé même de me considérer comme un étranger. Par exemple, au conseil de faculté, parfois nos collègues professeurs, surtout les jeunes, ils parlent des étrangers : ils les stigmatisent, ils parlent de ceci, de cela alors que je suis là, donc pour eux je ne suis même plus étranger. Donc, le système m’a intégré, les ne me voient plus comme un étranger, et c’est normal. Même chez nous ici, si votre voisin est bien, il est gentil, correct, propre, travailleur, et il ne vous dérange nullement en rien, vous verrez qu’il sera plus proche de vous que même votre parent.

Guineematin.com : même si la Pologne n’est pas touchée par le phénomène de l’arrivée massive de migrants clandestins, vous voyez des pays voisins qui sont confrontés à cette situation. Beaucoup de jeunes quittent l’Afrique, dont la Guinée classée deuxième pays pourvoyeur de migrants dans certains pays d’Europe, ils vont à la recherche de l’eldorado. Quel est votre regard sur cette question ?

Boubacar Sidi Diallo : ça aussi, c’est une problématique très intéressante et complexe, parce qu’il n’y a pas un remède unique à cela. Je suis parfois confronté à des difficultés à l’université, parce que dans la faculté c’est moi qui dirige le cours magistral de droit à l’immigration. Je me retrouve devant dans un amphithéâtre avec plus de 300 étudiants, des jeunes blancs, pour leur parler de la migration. Mais, il faut toujours voir la situation avant de juger, il faut voir la cause pour donner des détails. Les jeunes qui pensent que l’eldorado c’est ailleurs, ils n’ont pas tort. Parce que quand vous êtes dans une situation désespérée, vous ne pouvez pas imaginer qu’ailleurs c’est pire que ce vous vivez. Donc du coup, vous êtes tenté d’aller ailleurs pour chercher le salut afin de sortir de la galère que vous êtes en train de vivre.

Donc, je pense que c’est aux autorités, c’est d’abord la responsabilité de l’Etat de reprendre son rôle régalien dans le cadre de l’éducation, dans le cadre de la formation pour déjà orienter les jeunes. Imaginez, depuis plus d’une décennie, en Guinée, nombreux sont des jeunes étudiants qui sont en dernière année et qui ne savent toujours pas ce qu’ils veulent faire ou qu’est-ce qu’ils vont faire. Ce qui est très dangereux. En principe, un étudiant qui fait la deuxième année devrait être déjà orienté et savoir après ça qu’est-ce qu’il va faire. Et se dire que même si ça ne marche pas, je vais acquérir des expériences et puis après je vais me transporter ailleurs, je vais chercher à faire autre chose. Mais là, c’est le problème fondamental, les jeunes sont abandonnés à eux-mêmes.

Je constate qu’ils (les dirigeants) ont accepté qu’on privatise l’enseignement supérieur, donc on a fait de l’éducation, on a fait de l’enseignement supérieur un fonds de commerce. Ça veut dire qu’on ne peut pas s’attendre à l’excellence. Parce que le monsieur qui a son université privée ou alors son école privée, il s’en moque de la qualité, il veut juste avoir un nombre suffisant d’élèves et d’étudiants pour que sa comptabilité soit au rendez-vous en fin mois. C’est vrai que ce n’est pas tout le monde qui se comporte comme ça, mais ils sont sans très nombreux. Ça c’est un autre problème qu’il faut résoudre. Les jeunes doivent être déjà encadrés dès le début. On ne peut pas parler de l’enseignement de masse et espérer avoir l’excellence.

Donc, qu’est-ce qu’il y a lieu de faire ? A mon entendement, c’est de revenir un peu sur ce qui était là dans les temps passés. Je ne vais pas dire que c’est une référence, mais quand même ça avait produit vraiment des effets positifs. A savoir, instaurer dans toutes les préfectures de la Guinée de centres de formations professionnelles, des écoles professionnelles. L’université, ce n’est pas pour tout le monde. Vous n’avez pas besoin d’être universitaire, mais vous êtes obligé d’être éduqué et vous êtes obligé d’être formé pour que vous soyez utile à la société. Si vous n’êtes pas formé, vous ne pouvez pas être utile à la société.

Guineematin.com : nous arrivons à la fin de cet entretien, est-ce que vous avez un dernier message à lancer ?

Boubacar Sidi Diallo : le message c’est surtout envers les jeunes de Guinée. Parce que je sais vraiment ce que ça veut dire la formation, ce que ça veut dire l’éducation. Je vais vous dire d’être vraiment très courageux et ambitieux. Apprenez et parlez de votre présent, cherchez à savoir quels sont les enjeux de votre futur, formez-vous ! Sans la formation, vous n’allez même pas vivre votre présent et vous allez aussi compromettre votre avenir. Donc, je n’aimerais pas entendre un jeune né dans les années 90 me parler de l’histoire, me parler du premier ou du deuxième régime. Parlez de développement et laissez les choses telles que l’histoire et autres aux spécialistes, aux historiens.

Ils n’ont qu’à vous donner un cadre idéal pour apprendre le passé de votre pays, mais ce n’est pas à vous de vous mettre à ce niveau. Concentrez-vous au travail avec courage, à la formation, et essayez d’être dynamiques. Parce qu’être statique, c’est-à-dire vouloir toujours se contenter de ce que nous avons ne nous mènera nulle part. Ça ne fera que nous limiter et ça ne va pas nous permettre de développer nos compétences. Et à la longue, vous verrez qu’il y a un gâchis.

Entretien décrypté par Fatoumata Djouldé Diallo pour Guineematin.com

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin