Habib Yembering Diallo

Cher ami, 

Je sais qu’il serait indécent de demander à un patriote comme toi si tu suis l’évolution de la situation politique, économique et sociale de notre pays. Comme tu l’as su donc, l’équipe à laquelle j’appartiens a décidé de procéder à une augmentation du prix du carburant. Et ce à un moment où la planète entière baisse et subventionne les prix pour les citoyens. 

Dès lors, il est inutile de te dire que je n’ai jamais été favorable à cette augmentation. Mais solidarité gouvernementale obligeant, j’ai fait le mieux que je pouvais : me taire. Quand la question a été soulevée devant toute l’équipe, j’ai préféré m’abstenir de tout commentaire. Surtout dans le sens d’encourager cette augmentation. Ce qui fait de moi un suspect de ramer à contrecourant. Une nouvelle fois, je me suis rendu compte qu’il est peu enviable d’assumer certaines responsabilités.

Il serait totalement superflu de te dire que cette décision a creusé davantage le fossé entre nos concitoyens et mon équipe. Laquelle semble vivre ses derniers jours. Parce qu’il n’y a pas que la population qui est mécontente. Le patron, lui-même, est dans tous ses états. Il a le sentiment d’avoir été trahi par certains d’entre nous. Sans disposer de preuve, je pense qu’il en veut particulièrement à notre chef. Il croyait que celui-là devait et pouvait l’aider à faire la différence avec ses prédécesseurs. Malheureusement, il se trouve que jamais par le passé le pays n’a connu autant de difficultés qu’aujourd’hui. Notamment en terme de dégradation de nos routes. 

Mais, parler des seules routes donnerait l’impression que je désigne ma collègue qui s’occupe de ce secteur comme seul responsable de la situation. Or, ce n’est pas le cas. Je ne veux pas trouver un seul bouc émissaire à la situation actuelle de notre pays. Surtout pas une ministre qui vient d’arriver. Ceci écrit, parmi nous, il y a certains qui sont plus responsables que d’autres. Le chef d’équipe par exemple. Pour moi, quand on accepte une responsabilité comme la sienne, on doit l’assumer jusqu’au bout. 

On entend souvent les gens faire un raccourci en disant que le président ne laisse pas son Premier ministre travailler. Si cela était le cas, il ne peut en revanche pas l’empêcher de démissionner. Tu me diras que c’est plus facile à dire qu’à faire. Oui. Mais, si chaque Premier ministre empêché de travailler par celui-là même qui l’a nommé jetait l’éponge, la situation aurait changé. Mais, si celui qui est empêché de travailler reste à son poste, c’est qu’il veut non pas servir mais se servir. 

Un gouvernement n’est pas différent d’un projet, d’un programme ou d’une entreprise. Pour éviter une situation à laquelle notre pays est confronté, il y a des préalables. On doit identifier les priorités, fixer les objectifs, mettre en place les moyens et bien évidemment faire une évaluation. Ce qui n’est pas fait par mon équipe. Ou plutôt par son chef. A un momentdonné on avait institué une évaluation des ministres. Mais c’était beaucoup plus une mise en scène qu’une vraie évaluation. Comme au cinéma ou au théâtre, les caméramans venaient se poster devant la Primature. Les ministres venaient se faire filmer. Et le tour est joué. 

Je te vois sourire en disant que je veux prendre la place de mon patron. Il ne s’agit pas de cela. Même si, par ailleurs c’est le cas, ce serait légitime que je veuille être à sa place. En clair, moi Premier ministre, les choses changeraient. Et positivement. Chaque ministre serait obligé de faire son travail ou se faire renvoyer. Moi, Premier ministre, il y aurait la trilogie : objectif, réalisation et évaluation. Et plus loin sanction. Positive ou négative. Mais c’est le laisser aller qui a mis notre pays dans cette situation. Comment peux-tu comprendre que les cinq pays limitrophes au nôtre soit tous mieux lotis que nous. Encore une fois, je t’entends murmurer qu’il parle comme un opposant. Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit d’un jugement objectif, rationnel et impartial. 

Je voudrais, pour terminer, te dire que je souhaite que, d’une manière ou d’une autre, que le patron de mon patron soit au courant du contenu de ce courrier. L’objectif est clair : ça passe ou ça casse. S’il prend cette prise de position négativement, il me renvoie. Ou s’il trouve qu’elle est fondée, il essaie. Dans tous les cas, je souhaite que tu fasses en sorte qu’il en prenne connaissance. A toi de voir par quel moyen. Ce que je peux te dire c’est que si jamais c’est la deuxième hypothèse qui se produit, tu en récolteras les fruits. 

Sur ce, je vais m’arrêter là en te demandant de transmettre mes salutations à madame et aux enfants. 

Ton ami, le ministre. 

Habib Yembering Diallo, joinable au 664 27 27 47. 

Toute ressemblance entre cette histoire ministérielle et une autre n’est que pure coïncidence. 

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Guineematin