« En tant qu’étudiant, on n’a pas les moyens de faire face à tout ça… Vous imaginez ça ? 300 mille francs guinéens, c’est trop pour un étudiant. Même nos trois mois de pécule n’atteignent pas ça ! Nous, en première année, on n’a que 285 000 francs guinéens pour les trois mois.  Donc, on est obligés de compter sur nos parents en allant en vacances… »

L’augmentation du prix du carburant à la pompe a affecté plusieurs secteurs d’activité en Guinée. Dans le secteur des transports par exemple, malgré la promesse des syndicalistes de maintenir les tarifs de transport en l’état, le transport interurbain a connu une augmentation dans certaines gares routières de Conakry. C’est en tout cas le constat fait ce 21 août 2021 par un reporter que Guineematin.com a dépêché à la gare routière de Matam. 

À la gare routière de Matam (dans la commune du même nom) où notre reporter s’est rendu ce samedi, on a constaté une faible affluence de passagers pour l’intérieur du pays. Les quelques rares sont constitués de vacanciers en partance pour leurs zones d’origine. Ces jeunes n’ont pas hésité d’exprimer la galère qu’ils endurent. C’est le cas de Moussa Cissé, étudiant en licence 1 au département anglais à l’Université Gamal Abdel Naser de Conakry, en partance pour N’Nzérékoré.

Moussa Cissé, passager en partance pour N’zérékoré est étudiant à Gamal

« Quand je suis venu aujourd’hui, ils m’ont dit que le transport est à 300 mille francs guinéens. Mais, comme nous ne sommes pas jeudi (jour habituel pour le voyage sur N’zérékoré), ils ont laissé à 280 000 francs guinéens. Sinon, avant l’augmentation du prix de carburant, on payait 250 000 francs pour les minibus là. En tant qu’étudiant, on n’a pas les moyens de faire face à tout ça. Si l’État pouvait vraiment nous aider à faire respecter la loi, ça allait être bien. Vous imaginez ? 300 mille francs guinéens, c’est trop pour un étudiant. Même nos trois mois de pécule n’atteignent pas ça. Nous, en première année, on n’a que 285 000 francs guinéens pour les trois mois.  Donc, on est obligés de compter sur nos parents en allant en vacances. L’État doit veiller à l’application des décisions qu’il prend… », a notamment expliqué Moussa Cissé. 

Mamadou Savané, étudiant en partance pour Dabola

Contrairement à son prédécesseur, Mamadou Savané, également étudiant, estime que les transporteurs sont dans leur plein droit  d’augmenter leurs tarifs après la hausse du prix du carburant. «  Effectivement, il y a eu augmentation du prix du transport. Avant, on prenait les minibus à 120 mille jusqu’à Dabola. Mais, présentement, c’est à 140 mille. Et, là, on n’a pas le choix. On est obligés de payer ça afin de nous rendre auprès des parents. Depuis la hausse du prix du carburant à la pompe, j’ai pressenti qu’il y aura une augmentation au niveau du transport. En plus, j’ai un ami qui a voyagé avant moi et qui m’a dit qu’il y a déjà eu une augmentation. Donc, je n’étais pas surpris du tout. Mais, il faudrait que l’État arrive à faire une prise de conscience parce que passer de neuf mille à onze mille francs guinéens pour un litre, c’est trop ; notamment à cause des conditions de vie du Guinéen. Personnellement, je pense que les transporteurs ont raison d’augmenter. Mettez-vous à leur place seulement… », a-t-il conclu.

Pour sa part, Mamadou Saliou Diallo, chauffeur de taxi sur la ligne Conakry-Siguiri défend sa corporation et accuse le mauvais état de la route et la cherté du prix des pièces de rechange. « On ne veut pas voyager parce que l’état de la route n’est pas bon actuellement. Il y a beaucoup de véhicules qui sont garés à l’heure-là. Depuis que le carburant a augmenté, le transport est devenu dur. Les passagers viennent quand même parce qu’avec les cérémonies et autres, les gens sont obligés de voyager. Mais, nous qui faisons des va-et-vient tout le temps sur ces routes, c’est nous qui sommes fatigués. En ce qui concerne le prix, ça balance. Parfois, c’est respecté, parfois ce n’est pas le cas. Quand tu as un passager, tu négocies avec lui et vous tombez d’accord. On est obligés d’augmenter, parce qu’aujourd’hui 20 litres de carburant c’est à 220 mille ; alors qu’avant, ce n’était pas ça. Et puis, le prix de toutes les pièces de rechange est devenu cher. Un pneu qu’on achetait à 300 ou 400 mille avant est actuellement vendu entre 800 et 850 mille francs. Et, là où tu travailles, c’est là-bas que tu dois gagner ce qui te permettra de faire face à toutes ces dépenses. C’est pourquoi, d’ici Siguiri, c’est 250 mille actuellement, contre 220 mille francs avant », a-t-il souligné.

Malheureusement, toutes nos tentatives pour faire réagir les chefs de ligne rencontrés et les responsables syndicaux sont restées vaines. Certains commentateurs laissent entendre que les dirigeants syndicaux et les membres du Gouvernement ont tous fini par laisser les chauffeurs adapter le prix du transport au prix du carburant fixé par les décideurs du pays…

Malick Diakité pour Guineematin.com

Tél. : 626-66-29-27

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