Elie Kamano s’engage en politique

Le reggae man guinéen, Elie Kamano, décide de se lancer dans l’arène politique pour tenter de conquérir le pouvoir. Porté à la tête d’un parti politique dont il n’a pas encore dévoilé le nom, l’artiste engagé ambitionne de prendre les destinées de la Guinée en 2020. Il s’est expliqué sur sa décision de se lancer dans la conquête du pouvoir, au cours d’une interview qu’il a accordée à Guineematin.com hier, mercredi 30 janvier 2019.

Décryptage !

Guineematin.com : depuis quelques jours, on voit des informations sur les réseaux sociaux, faisant état de l’entrée en politique d’Elie Kamano. Tu confirmes ces informations ?

Elie Kamano : oui ! Je me suis lancé en politique, je le confirme.

Guineematin.com : jusque-là, on connaissait Elie Kamano comme artiste Reggae man, très engagé. Qu’est-ce que motive ton entrée en politique ?

Elie Kamano : d’abord, je ne suis pas né artiste. Il faut que les choses soient claires, je suis né citoyen comme tout le monde. La musique a été une option pour moi, une option que j’ai choisie pour gagner ma vie honnêtement comme tout le monde. C’est comme le football pour certains et comme la politique pour d’autres. Mais, personne ne naît politicien, personne ne naît artiste et personne ne naît footballeur. Donc je ne comprends pas aujourd’hui que les gens assimilent Elie Kamano, la personne, au métier que j’ai décidé d’exercer pour gagner ma vie, mon quotidien.

Je suis libre après de décider de vouloir changer de métier ou de vouloir changer de fusil d’épaule. Ça, ce n’est pas interdit. Il faut que les gens comprennent que la volonté qui m’a animé à faire la musique et à être engagé plus de 20 ans, c’est cette même volonté qui m’anime aujourd’hui à faire la politique. Parce que j’ai compris que je ne pourrai rien changer, je ne pourrai pas améliorer les conditions de vie des concitoyens tant que je ne serai pas un décideur.

Parce que j’ai chanté, j’ai protesté sur le terrain ; les Guinéens m’ont vu et ont vu ce que j’ai fait dans les cas de Boké, dans les cas de Portos contre le Libanais, dans plusieurs cas en Guinée, dans les cas des syndicalistes avec le gouvernement. Les gens ont vu ma volonté patriotique que j’ai affichée. Donc aujourd’hui, j’ai fini par comprendre qu’il faut que je m’engage en politique pour être décideur, soit à l’Assemblée nationale, soit à la tête du pays. Voilà les raisons.

Guineematin.com : tu l’as dit que tu as fait plus de 20 ans dans la musique, pourquoi c’est seulement à l’orée de 2020 que tu décides de faire la politique ?

Elie Kamano : ce n’est pas maintenant que j’ai eu des ambitions politiques. Les Guinéens savent dans leur ensemble que même la musique que je fais, les gens la qualifient de musique d’engagement politique. Donc il faudrait que les gens comprennent que c’est la parole que je veux joindre à l’acte. Il n’y a pas mille raisons pour comprendre mes intentions aujourd’hui parce que je veux concrétiser tout simplement tout ce que j’ai eu à chanter dans ce pays, parce que ça ne tombe pas dans de bonnes oreilles. J’ai chanté contre le régime de Lansana Conté, contre le régime de Dadis, aujourd’hui je continue à dénoncer le régime d’Alpha Condé. Devrais-je continuer à être activiste, un militant ?

Devrais-je continuer à être un artiste engagé qui, éternellement continue à dénoncer des choses dont on ne trouve pas la solution pendant que c’est le manque de volonté patriotique et par manque de volonté politique que ces gens-là refusent de trouver des solutions aux problèmes du peuple, pendant que moi-même j’ai eu mon petit confort dans cette musique ? En chantant la révolution, en étant engagé, j’ai eu des voitures, j’ai eu une maison, j’ai eu de l’argent, j’ai eu le minimum pour vivre. Mais lorsque je sors derrière ma cour, j’entends les cris d’un peuple et je vois les larmes d’un peuple. Parce que tout simplement, ce peuple, j’ai bâti mon confort sur son dos parce qu’il m’a supporté, m’a aidé dans ma musique, m’a acheté les CD.

Donc, je ne peux pas comprendre que moi qui chante pour ce peuple, qu’il y ait un écart au niveau des conditions de vie entre le peuple et moi. Pour moi, c’est injuste. Si je continue comme ça, ça veut dire que je fais de ma musique un fonds de commerce. Chose que je ne conçois pas. Je veux aujourd’hui, à partir de l’instant, que je me suis lancé dans la politique jusqu’au jour où Dieu le voudra, que je prenne les destinées de ce pays. A partir de l’instant, je lutterai dans l’arène politique, afin que je puisse effectivement changer les conditions de vie des guinéens.

Guineematin.com : quel est le but visé par Elie Kamano en prenant la tête d’’une formation politique ?

Elie Kamano : c’est de changer la Guinée. Le parti existe, nous n’avons pas encore fait le baptême ; mais, le parti a son nom. Déjà, il y a un nom qui circule sur les réseaux sociaux : Nouvelle Guinée Possible (NGP).

Guineematin.com : c’est le nom de ton parti politique ?

Elie Kamano : pour le moment, on n’a pas confirmé. Je vous l’ai dit tout à l’heure, nous allons régler d’abord ce qui est à régler en bas avant d’officialiser les choses. Lors du lancement officiel, les gens sauront exactement si ce nom est maintenu ou pas. Ce nom en le maintenant, nous on pense que la Guinée de demain ne doit en aucun cas ressembler à la Guinée d’aujourd’hui. Pas du tout. Sur tous les plans, dans tous les domaines. Parce que la Guinée d’aujourd’hui est une Guinée où on encourage la médiocrité, où on combat l’excellence, où on combat le mérite et nous, nous ne le voulons pas de cette Guinée demain. C’est ça mes motivations.

Guineematin.com : les élections législatives doivent normalement avoir lieu cette année, et la présidentielle en 2020. Votre parti prendra-t-il part à ces deux échéances électorales ?

Elie Kamano : on fait un parti politique pour quoi ? Je ne suis pas un parti politique qui se fera remorquer par les autres. J’ai déjà un background très lourd, j’ai un CV patriotique très lourd dans ce pays, donc je ne vois pas le leader ici que moi je pourrai suivre. C’est pourquoi d’ailleurs, je me suis démarqué de tous ces partis traditionnels. A plusieurs reprises les gens m’ont fait des propositions pour que je vienne avec eux. Mais, jamais de la vie je ne ferai, parce que moi c’est tous les Guinéens qui écoutent ma musique, c’est tous les Guinéens qui connaissent mon engagement et c’est tous les Guinéens qui savent que j’ai des convictions, des valeurs et que je porte un idéal.

Donc, aller dans un camp ou dans un autre, c’est réduire tout de suite le champ de personnes qui portent leur confiance en moi. Voilà pourquoi, moi-même je vais monter mon projet, et pour ces guinéens frustrés qui ne sont d’aucun bord, qui se retrouveront avec Elie Kamano pour le combat qu’il a toujours mené, pour sa loyauté et sa constance dans son combat. Donc on n’est pas parti politique pour venir regarder les autres et se présenter aux élections, mais un parti politique parce qu’on porte un idéal et parce qu’on aimerait que cet idéal se retrouve à la tête du pays. C’est simple.

Guineematin.com : tu n’as pas encore arrêté ta carrière musicale. Pense-tu que tu peux faire la musique et la politique à la fois ?

Elie Kamano : mais naturellement. Pourquoi pas ? Youssou N’Dour a été ministre au Sénégal, c’est grâce à Youssou N’Dour que Macky Sall a été président. Parce qu’il a combattu farouchement le régime d’Abdoulaye Wade, il s’est vu refuser l’octroi de son agrément, il est passé par cette méthode pour faire campagne pour Macky Sall et Macky Sall est passé. Il a été bombardé ministre, tout le monde le sait. Il a eu deux portefeuilles ministériels. Donc, Michel Martelly (musicien) a été président en Haïti, Georges Weah, un ancien footballeur, une ancienne star du football, est aujourd’hui président du Libéria.

Donc la musique, je pense que ça n’a rien à avoir avec ce qu’on a comme volonté patriotique, comme expérience dans la gestion du peuple et dans la gestion de la masse. Moi je pense que la différence, c’est le champ : l’une c’est sur la scène où tu mobilises des milliers de personnes qui viennent t’écouter, et l’autre c’est sur le terrain où il y a des milliers de personnes qui comptent sur toi et avec lesquelles tu travailles pour sortir le pays de l’ornière.

Donc dans l’un ou dans l’autre, la même volonté c’est celle d’amener plus haut, de rehausser le niveau de l’éducation des guinéens, d’éradiquer complètement ce qu’on appelle l’injustice et la corruption dans ce pays, de traquer et d’arrêter tous ceux qui se sont enrichis sur le dos du peuple en achetant des maisons un peu partout dans le monde avec l’argent du contribuable, d’instaurer une vraie démocratie dans un Etat de droit, de faire en sorte que tous les crimes qui ont été commis en Guinée pendant que les coupables sont encore en vie et en fonction même dans les différents gouvernements soient arrêtés, jugés et condamnés pour que l’histoire nous pardonne.

Les gens ne connaissent pas ce que c’est que l’histoire, ils ont une courte mémoire parce qu’on oublie aujourd’hui tous les crimes qui ont été commis qui nous ont amenés dans cet état de fait. Donc, voilà en quelques mots les valeurs qui m’amènent aujourd’hui à être engagé en politique.

Guineematin.com : quand on parle de parti politique, il faut forcément des militants. Comment ta formation politique compte mobiliser autour d’elle les Guinéens qui, pour la plupart, militent déjà dans d’autres partis ?

Elie Kamano : vous pensez que je n’ai pas de militants ? C’est vous qui le dites (rires). Moi je sais que j’ai des milliers de militants, des milliers de personnes qui s’identifient à Elie Kamano, qui me voient comme un modèle, à plusieurs reprises qui m’ont demandé de créer un parti et qu’ils allaient s’aligner derrière moi. Parce qu’ils ne retrouvent pas de solutions derrière tous ces leaders qui sont à la tête de leurs partis, qui ont fait 15 ans, 20 ans à la tête de leurs partis, qui refusent l’alternance, qui refusent d’organiser des congrès et qui refusent de donner la chance aux jeunes qui émergent dans leurs partis. Ça, c’est des signes de la dictature d’abord, parce que celui qui vient pour restaurer une démocratie à la tête d’un Etat, d’un pays, ne doit pas durer 20 ans à la tête de son parti politique. Donc déjà, ne dites pas que je n’ai pas de militants (Rires).

Interview réalisée par Siba Guilavogui et Assiatou Baldé pour Guineematin.com

Tél. : 620 21 39 77/ 662 73 05 31

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