Du 21 septembre au 5 octobre 2019, des missions mixtes composées de députés, de cadres du ministère de l’unité nationale et de la citoyenneté, de membres du personnel parlementaire, du Groupe national de contact, de la société civile, d’experts du PNUD et du HCDH, ont sillonné les quatre régions naturelles de la Guinée.

Dans les 23 préfectures identifiées comme zones conflictogènes, les délégations, réparties en quatre équipes, ont organisé de fora et de visites conjointes dans le cadre de la présentation du projet « Appui au dialogue et participation politique inclusifs ». Cela, dans le but de consolider la paix et la cohésion sociale, en prélude aux élections prochaines.

A l’issue de ces travaux effectués sur le terrain, les délégations se sont retrouvées au Palais du peuple de Conakry pour faire un débriefing. En marge de la rencontre, le représentant du Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme en Guinée, monsieur Patrice VAHARD, a accordé un entretien à un journaliste de Guineematin.com qui était sur place. Il est revenu notamment sur son constat, les leçons à tirer de ces missions et les recommandations.

Décryptage !

Guineematin.com : qu’est-ce qu’on peut retenir des missions que vous avez déployées récemment à l’intérieur du pays, notamment dans les préfectures jugées conflictogènes ?

Patrice Bavard, représentant du HCDH en Guinée

Patrice VAHARD : nous pouvons retenir trois choses essentielles. La première, c’est la composition des délégations elles-mêmes. Ces missions ont permis de rassembler autour du Groupe national de contact composé de hautes personnalités guinéennes jugées intègres, les trois grands groupes parlementaires qui animent l’Assemblée nationale pour parler de la même voix comme des frères et des sœurs, de la paix et la cohésion sociale. La deuxième chose majeure, c’est que la Guinée n’est pas diverse et diversifiée comme on le pense. Il y a une homogénéité autour des problématiques. Enfin, la troisième chose, nous avons rencontré des Guinéens de tous les âges et de toutes conditions physiques qui ont les mêmes espérances et les mêmes attentes.

Leurs attentes c’est l’entente entre les fils et les filles de ce pays. Leur seconde attente c’est de lutter véritablement contre la pauvreté qui les gangrène et qui les empêche de bénéficier de leur vie en société. La 3ème chose, c’est de participer de part égale et de manière inclusive à la vie politique et économique de ce pays. Ils nous ont donné un message fondamental. C’est celui d’insister sur ce qui unit les Guinéens. C’est-à-dire le vivre ensemble, le fait de se tenir la main dans la main. Que le jeu politique entre les frères et sœurs se fasse de manière légale et régulière. Chacun aspire à gouverner, à diriger le pays. Mais tout en mettant la Guinée au-devant et au-dessus de tout. Ça, c’est un message fort et c’est ce que nous cherchions en allant à la rencontre des populations.

Guineematin.com : dans les échanges, quels sont éléments identifiés étant des facteurs qui menacent la paix, selon les différents acteurs rencontrés ?

Patrice VAHARD : on a essayé d’expliquer et d’en appeler à la sagesse surtout dans les différentes localités, du Conseil des sages de réfléchir sur le fait de rassembler tout le monde. Ce qui est plus désirable que l’exclusion. Donc il faut réussir à se dépasser et à se surpasser pour n’exclure personne. C’est ça aussi qui est porté par la Guinée et le système des Nations Unies qui ont pris l’engagement dans la réalisation des objectifs de développement durable à l’horizon 2030. Donc, comment faire pour qu’à chaque fois, quelle que soit la situation, qu’il s’agisse de l’accès des jeunes à l’emploi ou à la santé de la reproduction, ou encore de l’exploitation des ressources naturelles, comment faire en sorte à n’exclure personne.

Parce qu’il y a un sentiment d’exclusion que certaines régions ont au-delà des particularismes politiques ici et là. Ce qui veut dire que des efforts doivent être traduits au niveau de la classe politique pour unir davantage sur l’essentiel, pour unir les populations autour de leurs programmes, autour de leurs messages et autour de leur comportement dans la société.

Guineematin.com : après avoir identifié les éléments qui menacent la paix, quelles sont les principales recommandations formulées par les différents acteurs et qui ont retenu votre attention ? Des éléments qui pourraient être mis en œuvre dans le cadre de ce projet.

Patrice VAHARD : on n’a pas encore terminé la mise en commun des recommandations. Mais il est clair qu’une série de recommandations sont faites à l’endroit de la classe politique. Ce qui transparaît, c’est que les sages, les mamans mais aussi les jeunes nous ont dit qu’ils veulent plus d’unité, ils veulent plus d’inclusion et plus de tolérance dans la société guinéenne. Il y aura des recommandations aussi à l’endroit du Système des Nations Unies. Beaucoup ont apprécié le rôle du Système des Nations Unies qui joue un rôle d’arrière-plan et qui met en avant le Groupe national de contact. L’appel a été lancé à celui-ci d’être de plus en plus sur le terrain et proche des populations. Une présence qui peut faciliter le rôle des différents acteurs politiques.

L’envoi de la société civile a montré que beaucoup de ceux qui sont rencontrés ont exprimé le désir de voir une société civile plus proche d’eux, une société civile qui s’intéresse beaucoup plus aux questions de pauvreté et pas seulement qu’aux questions politiques et civiles. Et enfin à l’endroit des médias, qu’ils soient les outils et les canaux par lesquels la promotion du vivre ensemble, la promotion du développement, la promotion de la participation inclusive, la promotion de la prévention des conflits, … se fassent avec leur concours. Dans une semaine à deux au maximum, nous comptons finir le rapport et le présenter, c’est sûr, devant les médias.

Guineematin.com : quelle va être la suite de ce projet « Appui au dialogue et participation politique inclusifs », financé conjointement par le PNUD et le HCDH ?

Patrice VAHARD : ce n’est pas seulement le PNUD et le HCDH qui le financent. Le Fonds de la Consolidation de la paix est un fonds conjoint qui essaie d’accompagner tous les pays dans le monde entier, la Guinée en particulier, dans les efforts visant d’abord à prévenir tous les obstacles au développement durable. Egalement, prévenir les conflits et accompagner les efforts pour la stabilité et la paix dans le pays. Qu’est-ce qui va advenir ? Ce que nous allons faire le point et tirer les leçons des 18 mois qu’a duré ce projet. Et, c’est ce que le peuple guinéen veut, c’est ce qui pourra être le facteur inhibiteur de la paix et de la stabilité qui va guider la suite du projet.

En d’autres termes, nous ferons en sorte si on pense que les interventions sont nécessaires, évidemment, ce ne sont pas les ressources qui vont manquer. Nous nous réjouissons surtout de l’appropriation nationale des efforts du Fonds de consolidation de la paix. C’est-à-dire que ce sont les Guinéennes et Guinéens qui portent cela. Le projet lui-même est piloté par un comité de coordination qui réside au sein du cabinet du Premier ministre et qui implique les différents acteurs comme l’Assemblée nationale. Donc, cette appropriation certainement et en écoutant le rapport des différentes populations, nous permettront de décliner la suite du projet.

Entretien réalisé par Abdallah BALDE pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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