Guinée : le CNRD donne les raisons de l’arrestation de Tibou Kamara

19 septembre 2021 à 18 06 41 09419
Colonel Mamady Doumbouya, président du CNRD

Dans un communiqué diffusé cet après-midi à la télévision nationale, le comité national pour le rassemblement et le développement (CNRD) a communiqué sur l’arrestation de l’ancien ministre Tibou Kamara.

La junte au pouvoir a expliqué que ce proche d’Alpha Condé a été interpellé pour avoir violé la consigne donnée aux membres de l’ancien gouvernement, leur demandant de « s’abstenir de toute action ou communication de nature à perturber la quiétude sociale…». Les nouvelles autorités ont annoncé aussi que des objets « en relation avec cette violation » ont été saisis au domicile de Tibou Kamara.

« Suite à la rencontre entre le CNRD et les membres du gouvernement sortant, il leur a été signifié de s’abstenir de toute action ou communication de nature à perturber la quiétude sociale et l’élan patriotique suscité par l’avènement du CNRD.

A cet effet, un engagement a été pris par l’ancien premier ministre au nom de tous les membres de son gouvernement. C’est suite à la violation manifeste et répétée de cet engagement que l’ancien ministre Tibou Kamara a été interpellé, entendu par les services compétents, puis libéré.

Il est à préciser qu’au cours de son interpellation, plusieurs objets en relation avec cette violation ont été saisis. Le CNRD, fidèle à ses engagements à faire de la justice sa boussole, rassure le peuple de Guinée qu’aucune chasse aux sorcières ne sera menée ».

L’ancien ministre Tibou Kamara a été arrêté la nuit dernière, à 1 heure du matin, par des hommes encagoulés, à sa résidence située au quartier Camayenne, à l’entrée du centre administratif de Kaloum. Il a été relâché ce dimanche, aux environs de 15 heures.

Alpha Fafaya Diallo pour Guineematin.com

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Conakry : l’ancien ministre Tibou Kamara libéré

19 septembre 2021 à 18 06 10 09109
Tibou Kamara, ancien ministre de l’industrie et des PME, porte-parole du Gouvernement

Quelques heures après son arrestation, l’ancien ministre de l’industrie et des PME, qui était également ministre conseiller spécial du président Alpha Condé et porte-parole du gouvernement, a recouvré sa liberté.

Il a été libéré dans l’après-midi de ce dimanche, 19 septembre 2021, après s’être expliqué devant les responsables du comité national pour le rassemblement et le développement (CNRD), la junte militaire au pouvoir.

Toutefois, les autorités guinéennes ont saisi les téléphones et d’autres objets appartenant à l’ancien ministre, qui était l’un des hommes forts du régime Alpha Condé, renversé il y a deux semaines exactement par le Groupement des forces spéciales.

Tibou Kamara a été arrêté la nuit dernière, à 1 heure du matin, par des hommes encagoulés, à sa résidence située au quartier Camayenne, à l’entrée du centre administratif de Kaloum. Il a été relâché ce dimanche, aux environs de 15 heures.

Alpha Fafaya Diallo pour Guineematin.com

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Vol à Yimbaya : l’auteur présumé risque 2 ans d’emprisonnement

19 septembre 2021 à 16 04 09 09099

Mamadou Habib Sow risque deux ans d’emprisonnement ferme et un million de francs guinéens d’amende pour un vol présumé de trois sacs de carreaux à Yimbaya dans la commune de Matoto. La peine a en tout cas été requise contre ce jeune maçon, le mercredi 15 septembre 2021, par la procureure de la République près le Tribunal de première instance de Mafanco, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Le prévenu Mamadou Habib Sow est en détention depuis le 2 juin 2021. Il est poursuivi pour vol suivis des coups et blessures volontaires au préjudice de monsieur Aguibou Kourouma. Selon l’accusation, les faits  a eu lieu au marché de Yimbayah dans la commune de Matoto où Habib Sow et son présumé complice ( en fuite) auraient volés 3 sacs de carreaux cassés. Et lorsque  la victime a tenté de procéder à leur arrestation, il aurait aussitôt reçu un coup de cailloux de la part d’Habib Sow. C’est ainsi qu’il est allé chercher les agents de la gendarmerie qui ont interpellé et placé sous mandat de dépôt le présumé voleur.

Le mercredi 15 septembre 2021, le dossier est transféré au tribunal de première instance de Mafanco où le procès est ouvert  en présence du prévenu et du plaignant. A la barre, le prévenu a reconnu les faits de vol mis à sa charge mais nié ceux de coups et blessures articulés contre lui.  « Je quittais le travail pour la maison.  Mon grand m’a appelé pour me dire de venir au marché de Yimbayah. Je suis venu  il m’a montré le colis.  C’était des sacs de carreaux.  J’ai pris les sacs. Quelques temps après le soit disant propriétaire nous a suivis pour nous arrêter.  Mon grand a pris la fuite  et moi ils m’ont mis aux arrêts.  En ce qui concerne les coups,  c’est lui  et les agents qui m’ont administré des coups.  Moi je ne détenais rien.  C’est eux qui m’ont frappé après mon arrestation », clame-t-il.

Le plaignant, quant à lui,  a fait savoir que ce n’est pas la première fois qu’Habib Sow est venu voler chez lui.  Et c’est grâce à l’implication des agents qu’il a été arrêté.  « Lorsqu’il a pris les sacs j’ai tenté de l’arrêter. Mais il détenait une paire de ciseaux et il  menaçait de me blessé avec ces ciseaux.  Il a pris un caillou,  il m’a administré un coup. C’est ainsi que suis allé déplacer les agents,  nous sommes venus dans leur véhicule. C’est grâce à  leur  intervention qu’on a pu mettre main sur lui.  Il m’a blessé avec le caillou devant témoins.  Il  a blessé un autre argent.  Mais  c’est un habitué des faits.  C’est n’est pas la première fois,  ni la deuxième fois qu’il vient voler chez nous.  Donc, je réclame les 2 sacs  parce que  dans les trois sacs  c’est un seul qu’on a retrouvé. Les  deux autres restent introuvables » a expliqué à son tour  le plaignant.

Au terme de ces différentes dépositions, la procureure Joséphine Loly Tinguiano a demandé au tribunal de retenir l’accusé dans les liens de la prévention de vol en le condamnant à  2 ans d’emprisonnement et un million de francs guinéens d’amende ainsi que le paiement intégral de la réclamation de la partie civile. Finalement,  le tribunal a mis l’affaire en délibéré pour décision être rendue le 22 septembre prochain.

Saïdou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 620 589 527/664 413 227

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Coup d’État en Guinée : quel sort faut-il réserver à Alpha Condé ?

19 septembre 2021 à 16 04 03 09039

Après le coup de force perpétré par le Comité national pour le redressement et le développement (CNRD et l’arrestation de l’ex-président Alpha Condé, une question reste en suspens: Quel sort faut-il réservé au président déchu? Si des organisations comme la CEDEAO et l’Union Africaine exigent sa libération immédiate et sans condition, beaucoup de Guinéens souhaitent voir Alpha Condé devant la justice guinéenne pour répondre des violations des droits de l’Homme et des crimes économiques qui ont jalonnés ses 11 ans à la tête de la Guinée. Ce qui pourrait dissuader ceux qui voudraient diriger la Guinée comme lui.

Parmi ceux qui veulent voir l’ex-président répondre devant les tribunaux guinéens, il y a M. Souleymane Bah, président de l’Organisation guinéenne de défenses des droits de l’homme (OGDH) qui a été interrogé par un reporter de Guineematin.com jeudi dernier, 15 septembre 2021.

Souleymane Bah, président de l’OGDH

Dans un premier temps, M. Bah Souleymane estime que l’arrestation d’Alpha Condé a été faite de manière à pouvoir le protéger. « Quelque part, si on l’a arrêté et gardé c’est en quelque sorte une manière de le protéger parce que  si on le livrait à la population peut-être qu’on lui aurait fait beaucoup de mal », estimé ce défenseur de droits de l’homme. Poursuivant, le Président de l’OGDH plaide un pour un jugement d’Alpha Condé à cause des graves violations des droits de l’homme, des tueries, des arrestations arbitraires et illégales, des détournements des deniers publics qui ont eu lieu pendant son règne.

 « Alpha Condé doit être mis à la disposition de la justice, on ne doit pas le laisser partir. Et si j’ai bonne souvenance, lorsque qu’il y a eu l’agression (rebelle) en 2000 à travers nos frontières, beaucoup de rumeurs ont couru disant que c’est Alpha Condé qui avait agressé la Guinée à travers des mercenaires. Donc, il faut craindre également lorsqu’il va être libéré, qu’il fasse appel à des mercenaires pour déstabiliser le pays. Donc compte tenu de ces faits, nous nous pensons qu’il faut le mettre à la disposition de la justice pour qu’il soit jugé. Qu’il soit mis à la disposition de la justice guinéenne parce que nous nous privilégions que la justice locale puisse le juger, surtout que le CNRD a dit que leur boussole c’est la justice, donc ce n’est pas au CNRD de juger Alpha Condé. Qu’on le juge, si après on trouve sur les choses qu’on est en train de le juger qu’il y a des empiètements que couvrent la justice internationale, là on peut le mettre à la disposition de la justice internationale », poursuit M. Bah

Par ailleurs, Souleymane Bah plaide pour la mise en place de la Haute cour de justice qui est habilité à juger les hauts fonctionnaires de l’État. « La Haute cour de juste qui doit juger les hauts fonctionnaires, y compris le chef de l’État n’existe pas pour le moment. Donc, pour pouvoir le juger il faut qu’on mette en place cette structure. C’est extrêmement important avant de le juger », précise-t-il. Pour le président de l’OGDH,  il n’y a pas qu’Alpha Condé qui doit être traduit en justice.

Souleymane Bah, président de l’OGDH

« Tous ses ministres doivent passer devant la justice, parce que c’est eux qui exécutaient les choses. Et certains parmi eux sont donneurs d’ordres parce que si les forces de défense et de sécurité ont agi de cette façon, c’est parce qu’elles sont fortes du fait qu’on ne va pas les poursuivre. Donc, ce sont eux les commentaires de tous les cas de violation des droits de l’homme donc ils doivent aussi être mis à ma disposition de la justice pour qu’ils soient jugés », a conclu M. Bah Souleymane.

Mamadou Yaya Diallo pour Guineematin.com 

Tél. : 622 67 36 81

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Chérif Abdallah, président du GOHA : « nous allons soutenir le CNRD jusqu’à la fin de la transition »

19 septembre 2021 à 12 12 33 09339

C’est un engagement ferme qu’a pris le président du groupe organisé des hommes d’affaires (GOHA). Chérif Mohamed Abdallah a promis que son organisation va soutenir et accompagner le CNRD pour la réussite de la transition, a constaté Guineematin.com, à travers un de ses journalistes.

Quelques jours après son retour d’exil, Chérif Mohamed Abdallah, président du groupe organisé des hommes d’affaires (GOHA), a animé une conférence de presse hier, samedi 18 septembre 2021, à Conakry. Il a commencé par expliquer les raisons de la hausse des prix, dénonçant les maux dont souffrent les commerçants guinéens.

Chérif Abdallah, président du GOHA

« Si vous voyez que les choses coûtent actuellement cher en Guinée, c’est parce que le carburant a augmenté, la douane et les impôts ont été augmentés de façon fantaisiste. Les nouvelles autorités doivent revoir tout ça et essayer de soulager la population. Les commerçants et opérateurs économiques ont été victimes de tous les maux ces dernières années : les frontières ont été fermées, ils ont été victimes de  harcèlement, de marché de gré à gré et de concurrence déloyale », a-t-il déploré.

Personnellement, le président du GOHA a dû aller en exil au Sénégal, en raison de son engagement dans la lutte contre le troisième mandat du président Alpha Condé. C’est pourquoi, il salue le renversement de l’ancien chef d’Etat, qu’il ne voit pas comme un coup d’Etat, mais plutôt comme une délivrance pour les Guinéens. Il annonce que son organisation va soutenir la junte au pouvoir jusqu’à la fin de la transition.

« Moi, je ne vais pas condamner ce coup d’Etat, c’est plutôt un coup de paix, parce que les Guinéens étaient fatigués. En tant que dirigeant d’une grande organisation des opérateurs économiques, nous étions en exil en dehors de la Guinée pour des raisons de sécurité. Donc, franchement, ça c’est un véritable coup de paix, et nous allons soutenir notre armée, nous allons être avec eux jusqu’à la fin de la transition dans la paix », a annoncé l’opérateur économique.

C’est pour matérialiser cette promesse justement qu’il demande aux commerçants de consentir des efforts pour baisser les prix des denrées de première nécessité. « Malgré les difficultés, malgré l’augmentation du prix du carburant, malgré l’augmentation des taxes douanières de façon fantaisiste, j’ai demandé aux opérateurs économiques de faire des sacrifices pour accompagner les militaires pour que la transition se passe dans la paix et dans l’unité. 

Pour cela, nous allons dialoguer sérieusement avec les militaires. Je vais les informer qu’il y a des milliers et des milliers d’opérateurs économiques ressortissants guinéens au niveau de la diaspora. Et ceux-ci sont là, la plupart sont dans notre organisation, le GOHA. Et ils peuvent faire carrément notre affaire dans notre pays. Donc, je vais les inviter à travailler avec les nouvelles autorités. Nous allons discuter avec le colonel Mamady Doumbouya et son équipe pour mettre les choses en place pour pouvoir travailler et apaiser tout », a dit Chérif Mohamed Abdallah.

Saïdou Hady et Mariame Diallo pour Guineematin.com 

Tel : 620 589 527/664 413 227

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Elhadj Yaya Baldé : « nous sommes sortis satisfaits de la rencontre le CNRD »

19 septembre 2021 à 12 12 22 09229
Elhadj Mamadou Yaya Baldé de la fédération syndicale des transporteurs de Guinée

Dans le cadre de ses consultations avec les forces vives, le Comité national du redressement et du développement (CNRD), a reçu dans l’après-midi d’hier, samedi 18 septembre 2021, les responsables des centrales syndicales du pays. Une rencontre tenue dans la salle du 2 octobre du Palais du peuple sous la présidence effective du chef de la junte, le Colonel Mamady Doumbouya.

Au terme de la rencontre, le secrétaire général adjoint de la fédération nationale des transporteurs professionnels et de mécanique générale, Elhadj Mamadou Yaya Baldé, s’est prêté aux questions de Guineematin.com, à travers un de ses journalistes.

Selon ce responsable syndicale, la rencontre avec les autorités militaires a été satisfaisante. « Nous sommes sortis très satisfaits. L’autorité du CNRD nous a écoutés attentivement. Chacun a fait des propositions en fonction des préoccupations et selon les secteurs. Nous sommes réellement contents de cette rencontre avec nos autorités », s’est réjoui ce patron du syndicat des transporteurs.

Parlant de préoccupations, Elhadj Mamadou Yaya Baldé a égrené une liste de  besoin pour améliorer les conditions de travail des transporteurs.

Elhadj Mamadou Yaya Baldé de la fédération syndicale des transporteurs de Guinée

« Nous demandons aux nouvelles autorités de nous aider. Notre secteur n’est pas subventionné. Les régimes précédents ne nous ont pas aidés, contrairement dans les autres pays. Mieux, nous souffrons énormément avec l’état de nos routes. Habituellement, c’est le véhicule qui gâte la route mais en Guinée, c’est la route qui gâte le véhicule. Pire, les transports sont régulièrement victimes d’insécurité. Nous subissons d’attaques à mains armées. Parfois il y a des morts si non des blessés graves. Nous demandons l’implication des nouvelles autorités pour faire cesser ces attaques contre les transporteurs et les passagers. En plus des coupeurs de route, il y a des tracasseries administratives qui nous fatiguent », a dénoncé le syndicaliste, qui promet avec son organisation, de formaliser des recommandations dans un mémo qui sera déposé à la junte.

Après la rencontre avec les syndicalistes, le CNRD a programmé les journalistes et les artistes, le lundi prochain, pour boucler cette première phase de la transition, portant essentiellement sur des consultations avec les forces vives.

Abdallah Baldé pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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Les mots et les maux du ministre

19 septembre 2021 à 12 12 10 09109
Habib Yembering Diallo

Cher ami,

Voilà deux semaines jour pour jour que ton ami est devenu un simple citoyen. Avec le petit recul, je commence à encaisser le coup. Même s’il reste encore à faire pour réaliser véritablement ce qui nous est arrivé. Particulièrement pour mon patron. En l’espace de quelques minutes seulement notre destin a basculé.

C’est vrai que le coup de force m’a surpris. C’est vrai que je pardonnerai difficilement à ces hommes ce qu’ils ont fait. Mais c’est moins eux qui m’agacent que la duplicité de notre société. C’est d’ailleurs ce comportement des miens qui m’oblige à prendre le stylo dans les circonstances actuelles. Car, et tu le verras plus loin, je suis révolté. Non pas contre les militaires qui ont fait de moi un simple citoyen. Mais contre les miens.

Pourquoi j’en veux plus aux miens qu’à ceux qui ont repris par le fusil ce que le peuple nous a donnés par les urnes, te demanderas-tu ? C’est simple. Le jour où j’ai été nommé ministre, en quelques minutes, ma cour fut remplie de parents, amis, connaissances et autres profiteurs de tout acabit. Les plus éloignés m’ont appelé pour me féliciter. La famille, au sens large du terme, a organisé dans les jours qui ont suivi une cérémonie de sacrifice pour prier le Créateur de me protéger et me permettre d’assumer correctement mes fonctions.

Pour organiser ce sacrifice, la famille a mobilisé en un temps record tout ce qu’il fallait. Argent, bœufs riz et autres condiments. En réalité, je ne voulais pas faire ce sacrifice auquel je ne croyais pas trop. Mais devant leur engagement, je n’avais pas le choix. J’ai dû donc m’endetter pour compléter le montant qu’ils avaient obtenu. Au cours de cette cérémonie, un de mes oncles a pris la parole pour dire qu’il n’était pas surpris par ma promotion. Estimant que celle-ci ne résultait pas de mes compétences. Selon lui, ce fut la récompense de la soumission de ma mère à mon père. 

Au regard de la bienveillance que les miens m’ont témoignée après ma nomination, je m’attendais à une réaction de leur part après ma destitution. C’est vrai que les premiers jours, personne ne pouvait s’aventurer chez moi au risque d’être arrêté. Mais après notre passage au palais où nous avons été humiliés avec cette histoire de minute de silence pour victimes de notre régime, nous avons été vite libérés.  Il y avait désormais aucun obstacle à venir chez moi.

Mais non seulement les gens ne sont pas venus, mais aussi ils n’ont pas appelé. Pire, quelqu’un m’a raconté que l’oncle qui avait fait les éloges de ma mère à ma nomination aurait dit qu’il n’est pas surpris par ce qui m’est arrivé. Estimant que c’est seulement à la fin de la vie de l’homme qu’on peut dire qu’il est béni ou maudit. Si c’était à refaire, les gens seraient surpris. Car désormais je sais qui est qui dans la famille.

Côté amis, c’est à peu près la même chose. A la seule différence qu’eux n’avaient rien fait à ma nomination en termes d’organisation. Mais ils gardent tous ou presque le même mutisme. J’ai compris que dans ce pays ce n’est pas l’homme qui est important. Ce n’est pas ce qu’il est mais ce qu’il a. Et pourtant durant ma carrière, j’ai essayé autant que faire se peut de mettre en application ce conseil d’André Gide « Enseigne aux autres la bonté, tu peux avoir besoin de leurs services ». Je crois que j’ai cultivé l’esprit de bonté partout où je suis passé, mais j’ai récolté l’ingratitude. Parce que l’homme est l’être le plus ingrat de toutes les créatures.

Pour t’illustrer mon assertion, les agents qui assuraient la sécurité chez moi sont partis sans me dire au revoir. Quand je l’ai dit à un voisin, il m’a rétorqué que je devais plutôt remercier Dieu qu’ils soient partis sans me causer des ennuis. Me rappelant le mauvais traitement qu’un garde du corps avait infligé à son ex-patron quand celui-ci a perdu son poste dans des circonstances similaires. Et pourtant j’ai traité ces gens-là comme de vrais frères à moi.

Après le départ de ces agents, un ami a proposé de m’envoyer un vigil relevant d’une société de gardiennage privée. Moins pour assurer ma sécurité que pour combler le vide laissé par les militaires. Selon lui, c’est pour éviter la risée des riverains. Leur montrer que les autres sont partis mais la maison reste toujours gardée. Mais comme dit le dicton populaire, il y a un certain nombre de choses qu’on ne peut pas cacher. Entre autres l’aisance et la souffrance. Mettre un vigil devant la cour d’une maison où tous les corps armés étaient présents, où des 4*4 faisaient des allées et venues et qui ne ressemble désormais qu’à une maison abandonnée par ses occupants, serait plutôt plus ridicule que l’absence totale d’agents. J’ai donc décliné l’offre de mon ami.

Bref, comme tu le vois, il est plus facile d’être un ministre limogé que ministre destitué après un coup d’Etat. Dans le premier cas seul le ministre s’en va. Dans le second c’est tout le système auquel il appartenait qui dégringole.

Je voudrais terminer en te disant que les jours qui viennent s’annoncent plutôt difficiles. Emballé par mon statut, j’ai négligé de chercher une voiture pour remplacer l’épave que j’ai. Avec la récupération de la voiture de fonction, je n’ai que cette vielle et voiture. Or avec ses pannes récurrentes, je ne voudrais pas la prendre pour sortir. Car pour rien au monde je ne veux que des gens comme l’oncle dont je parlais me surprennent dans la circulation en train de pousser ma voiture. Du coup, je souhaite que tu m’aides à réfléchir pour faire face à tous ces problèmes.

En attendant ta réponse, je te prie de garder le contenu de cette lettre strictement confidentiel.

Ton ami, l’ex-ministre ou le ministre tout court. Car, une fois devenu ministre, on le reste à vie.

Habib Yembering Diallo, joignable au 664 27 27 47.

Toute ressemblance entre cette histoire ministérielle et une autre n’est que pure coïncidence.

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Conakry : l’ancien ministre Tibou Kamara arrêté

19 septembre 2021 à 11 11 50 09509
Tibou Kamara, ancien ministre d’Etat, conseiller personnel du Chef de l’Etat, Ministre de l’industrie et des PME, porte-parole du Gouvernement

Que reproche-t-on à Tibou Kamara ? L’ancien ministre de l’industrie et des PME a été arrêté la nuit dernière. Selon un ses proches, des hommes lourdement armés et encagoulés ont fait irruption à son domicile, sis à la Camayenne, pour l’arrêter et l’emmener vers une destination inconnue.

Ces dernières années, Tibou Kamara était l’un des hommes forts du régime Alpha Condé. En plus de son portefeuille ministériel, il était aussi ministre conseiller du président Alpha Condé et porte-parole du gouvernement. À ce titre, il soutenait et justifiait tous les crimes du régime et répondait même à des simples publications des militants sur les réseaux sociaux.

On ne connaît pas pour l’heure qui sont les hommes qui l’ont arrêté, où ils l’ont conduit et pour quels motifs. Après la chute du régime, plusieurs compatriotes ont demandé aux nouvelles autorités d’enquêter sur les fortunes des anciens dignitaires et de geler leurs avoirs.

A suivre !

Alpha Fafaya Diallo pour Guineematin.com

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