Lors de sa tournée dans les différentes sous-préfectures de Kankan pour lancer la construction des infrastructures financées par l’Agence Nationale de Financement des Collectivités (ANAFIC), le préfet de Kankan a été accueilli dans la sous-préfecture de Tintin-Oulen, à 22 km de la commune urbaine. Aziz Diop et sa délégation ont été installés sur des chaises du Parti des Démocrates pour l’Espoir (PADES). Une situation que le préfet n’a pas pu digérer. Il a fait emprisonner un responsable local avant de confisquer les chaises en question, a appris Guineematin.com à travers son correspondant local.

Selon nos informations, ce sacrilège s’est produit le jeudi, 13 juin 2019, dans le district de Djènè Madina, à 8 km de la sous-préfecture de Tintin-Oulen. Le préfet de Kankan, Aziz Diop, accompagné du sous-préfet et d’autres cadres de la préfecture, ont été reçus dans cette localité pour la pose de la première pierre d’une école financée par l’ANAFIC.

Mais, quand ils ont remarqué que les chaises sur lesquelles ils étaient assis sont du PADES de Dr Ousmane Kaba, la visite a mal tourné pour certains responsables locaux. Selon Kaba Kourouma, chef du district et responsable local du PADES, « quand le préfet et sa suite sont venus pour la pose de la première pierre, puisqu’il n’y avait pas d’autres chaises, des jeunes ont envoyé celles du parti PADES pour les réceptionner.

Mais, les jeunes ne savaient même que ce geste allait être un problème. Ils ont regardé les chaises, après ils se sont levé, ils ont demandé à ce qu’on amène très rapidement d’autres chaises, qu’ils ne veulent pas s’asseoir dans des chaises qui appartiennent à un autre parti. Très rapidement, nous avons cherché d’autres chaises à travers la localité. Après, ils ont pris place. Après, la notabilité nous a dit que ce n’est pas bon ce qu’on a fait. Mais, les imams ont demandé pardon en notre nom ».

Poursuivant son témoignage, Kaba Kourouma a raconté qu’après la pose de la première pierre, il a été convoqué à la préfecture de Kankan, en compagnie du maire et du sous-préfet, pour s’expliquer. C’est ce qui a abouti à son incarcération. « Après tout, le préfet m’a demandé de venir le trouver le lendemain à Kankan, avec le maire et le sous-préfet. Après, ils ont embarqué les chaises à bord de leur pick-up. Le lendemain matin, c’est-à-dire le vendredi 14 juin, le sous-préfet, le maire et le vice maire, ainsi que moi-même, nous sommes allés à Kankan chez le préfet. Quand on est arrivé sur les lieux, on n’a même pas trop parlé.

Dès que le commissaire de la police est venu, le préfet m’a demandé de le suivre au commissariat pour que je m’explique. Ils m’ont mis en prison. Les responsables du PADES ont alors commencé à faire des démarches pour me faire libérer. Le samedi soir, le commissaire m’a fait sortir. Je lui ai expliqué tout ce que je savais de l’histoire. Il m’a dit que je vais être libéré, mais qu’il faut que je paye de l’argent. Donc, j’ai dû payer 800.000 FG. Mais, toutes les dépenses que j’ai effectuées s’élèvent à 1.300.000 FG. Dans la soirée du dimanche 16 juin, j’ai été libéré », a expliqué le malheureux.

Les chaises sont encore visibles dans les couloirs du commissariat central de police de Kankan. Interrogé, le commissaire central Abdoulaye Sanoh, a refusé de se prêter aux questions de notre reporter. Selon lui, si le préfet lui confie quelque chose à garder, il le fait sans en parler avec la presse.

Rencontré à sa résidence il y a quelques jours, Aziz Diop n’a également pas souhaité commenter ces accusations qui pèsent sur lui.

Joint au téléphone, le sous-préfet de Tintin-Oulen, Demba Kourouma, a confirmé les informations avant d’ajouter que Kaba Kourouma, chef du district de Djènè Madina, a été démis de ses fonctions après cet incident « Il est notre collaborateur. Nous, nous pensions qu’on était ensemble. Mais, on a vu qu’on n’est pas ensemble. On a même compris que c’est lui qui est le responsable du PADES à Djènè Madina. Donc, quand il s’agit de recevoir une délégation du chef de l’Etat, c’est une mission purement et simplement du chef de l’Etat qui est en train de poser les actes dans les localités.

Là-bas, ils ont décidé de construire une école. D’abord, ça c’est un ouf de soulagement pour toute la population. Kaba Kourouma est sorti de ce cadre. Au lieu de conjuguer le même verbe que sa population, il se permet de faire installer les chaises du PADES. Moi, je ne savais pas que c’était les chaises du PADES. Quand la délégation a pris place, c’est un garde-corps qui a vu c’est écrit derrière PADES.

Donc, ça a été un acte qui ne m’a pas plu d’abord, mais aussi au préfet. Donc, il a été démis de ses fonctions. Ça a été mon souhait, celui du préfet et du représentant du ministre. Les chaises ont été bloquées. On ne peut pas travailler avec des situations comme ça là. On ne peut plus travailler avec lui, il est démis de ses fonctions. Dites ça haut à qui veut l’entendre… »

Selon nos informations, un autre chef de district a été nommé dans la foulée par les autorités administratives, en lieu et place de Kaba Kourouma.

Joint par rapport à cet incident, Mohamed Kaba, coordinateur régional du PADES à Kankan, a condamné cet acte avant de dire que des démarches vont être menées pour récupérer les chaises. « Nous allons passer voir le préfet et ensuite le commissaire central. Comme le commissaire avait dit que ce n’est pas lui qui avait pris les chaises, mais qu’on les lui a confiées, je passerai voir le préfet. Et suite à ça, je vais voir sur quel pied danser. En tout cas, on a payé 1.300.000 FG pour faire sortir Kaba Kourouma de la prison », a dit Mohamed Kaba.

De Kankan, Abdoulaye N’koya SYLLA, pour Guineematin.com

Tél : (00224) 627 24 13 24

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