Ce qui menace la paix à Gueckédou : le chômage, l’impunité, le racket par les agents de sécurité…

Après l’étape de Kissidougou, la délégation composée de parlementaires, de cadres du département de l’Unité Nationale et de la Citoyenneté, du Groupe National de Contact, de la société civile et du système des Nations Unies à travers le Haut Commissariat aux Droits de l’H, est arrivée à Gueckédou. Là, elle a animé ce mercredi, 25 septembre 2019, un forum axé sur la consolidation de la paix et du dialogue social. De nombreux acteurs ont mis l’occasion à profit pour exprimer leur lassitude devant le calvaire qu’ils traversent dans leurs rapports avec les forces de l’ordre ou la pauvreté ambiante, rapporte Guineematin.com à travers son envoyé spécial.

Dans son discours, le préfet de Gueckédou, Tamba Nestor Tonguino a salué la présence de la délégation avant de rassurer de son engagement à accompagner cette initiative. « Je suis persuadé que ce forum sera attentivement suivi par les participants. Nous assurons que notre préfecture reste ouverte à toutes les initiatives de paix, de cohésion, de concorde nationale et de développement ».

Tout comme à Kissidougou, le représentant du ministère de l’unité nationale et de la citoyenneté, les députés des trois groupes parlementaires et le président délégué du projet, Dr Jean Edouard Sagno, ont pris la parole à tour de rôle pour camper les thèmes de la rencontre portés par le projet « appui au dialogue et participation politique inclusive en Guinée ». Des thèmes qui ont pour concepts-clé la paix, le dialogue, l’unité dans la diversité, la participation inclusive et le respect des Droits de l’Homme.

Les participants de tous les bords politiques et de toutes les composantes socioprofessionnelles ont énuméré les problèmes susceptibles de causer la violence et de mettre en mal la paix et la cohésion sociale.

Pour Albert Sirafa Yombouno de la mouvance présidentielle, ce qui menace la paix à Gueckédou, c’est les agents de sécurité et l’impunité pour ceux qui détournent les deniers publics. « Si vous prenez les gens qui quittent Gueckédou pour Nongoa, ils sont victimes racket par les gendarmes. On les oblige à payer 5000 FG par personne, si la personne n’a pas de carte d’identité. Même si ces personnes présentent leurs cartes d’électeur, elles sont rackettées. De l’autre côté, c’est l’impunité. L’hôpital de Gueckédou a reçu de l’Etat une enveloppe de 14 milliards 875 millions 285 mille FG. Mais, le directeur de l’hôpital qui gérait les fonds a déclaré avoir reçu seulement 4 milliards de francs. Cela a suscité des problèmes. Nous les jeunes, nous sommes allés voir le maire d’alors puis on a envoyé une commission auprès du gouverneur qui est venu présider une réunion lors de laquelle, le DRH, Dr Ansoumane Khalissa, a reconnu le montant. Il a été mis à la disposition de la police et puis, nous avons appris qu’il est allé en formation en France. C’est révoltant », a-t-il martelé.

Pour Ousmane Kankalabé Baldé, vice-président de la corporation des conducteurs de taxi-motos, le problème qui menace la paix à Gueckédou n’est autre que la tracasserie policière contre les conducteurs. « Ici, les gens chôment. Le métier de taxi-moto occupe au moins les 70% des jeunes. Mais, tu ne peux pas rallier Gueckédou à Nongoa, Guendenbou ou autre localité. Les agents sont là sur la route pour te racketter. Ils font payer au conducteur, à chaque traversée, 5000 FG. Et le passager aussi. Un tel comportement peut à tout moment raviver la violence. Ce que nous ne souhaitons pas. Gueckédou ne mérite plus de violence », a expliqué M. Baldé.

De son côté, Mme Sia Mariama Kamano, présidente de l’Union des Femmes du fleuve Makona en Guinée, déplore le manque d’emploi pour les jeunes. « A Gueckédou, les jeunes sont désœuvrés. Ils n’ont pas d’occupation sauf de conduire les taxi-motos. Le chômage est une menace à la paix. Moi, je veux qu’il y ait au moins une ou deux usines pour employer ces jeunes. Si non, c’est difficile de canaliser toutes ces énergies », a prévenu cette femme leader de Gueckédou.

Pour sa part, le 1er vice-maire de Gueckédou, Faya Jacques Millimouno, à l’instar de plusieurs autres intervenants, a déploré le manque de concertation entre les différentes couches socioprofessionnelles de la ville et la pauvreté dans les ménages. « Souvent, ce qui pose problème ici, c’est le manque de dialogue et de concertation. Souvent, les problèmes sont tardivement posés à l’autorité et les jeunes préfèrent utiliser la rue. Ce qui n’est pas bon. A côté de cela, il y a la pauvreté. La pauvreté ne cohabite pas bien avec la paix », insiste-t-il.

A l’unanimité des intervenants à ce forum, le dialogue, la concertation, la justice, la lutte contre les violences basées sur le genre, la neutralité des sages et l’impartialité des cadres de l’administration sont cités parmi les recommandations pouvant consolider la paix dans la préfecture de Gueckédou. Une localité qui a subi en septembre 2000 des attaques rebelles. En 2014, ses populations ont été martyrisées par l’épidémie à virus Ebola.

Macenta sera la prochaine étape de la mission, où la délégation va rencontrer les autorités, les personnes morales et religieuses en vue de leur exposer le projet.

Depuis Gueckédou, Abdallah BALDE pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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