« À quoi ça sert une alternance si tout va bien ? C’est la culture de ‘’c’est notre tour’’, c’est forcément notre tour, qui crée des problèmes… Rien n’est statique… Même dans la Bible, il y a eu l’ancien testament et ensuite le nouveau testament », a dit le doyen et porte parole des ambassadeurs accrédités en Guinée.

Hier, mercredi 09 janvier 2018, à l’occasion de la cérémonie officielle de présentation des vœux pour la nouvelle année au chef de l’Etat, les corps diplomatiques et consulaires accrédités en Guinée ont affirmé leur soutien au président Alpha Condé. N’étant ni en guerre contre qui que ce soit, ni confronté à une quelconque compétition, le chef de l’Etat actuel de la Guinée n’a visiblement besoin de soutien que pour ses velléités de rester au pouvoir après son deuxième et dernier mandat constitutionnel, en 2020.

« C’est à la constitution de s’adapter aux réalités », a annoncé le porte-parole des ambassadeurs, qui éclaire ainsi leur position « ne sont pas aux réalités de s’adapter à la constitution ». Si on comprend bien cette sortie des diplomates, notre Loi suprême qu’on appelle la Constitution devrait être changée pour être conforme à la volonté du « tout puissant Alpha Condé » avec la bénédiction des représentants des institutions internationales et des pays étrangers…

« On ne change pas un cheval au milieu de la rivière », enseigne Alexandre Bregadzé, l’ambassadeur de Russie en Guinée, qui parlait au nom de ses collègues américain, français, anglais, allemand, belge, japonais… Et, pour le moment, aucun autre diplomate n’a publié un communiqué pour se désolidariser de cette déclaration de soutien à « une adaptation » de la Constitution guinéenne aux réalités (qui est la volonté du président de rester au pouvoir contre la volonté des Guinéens)…

Alpha Condé et le 3ème mandat

Si le président guinéen n’a toujours pas officiellement annoncé sa volonté de rester au pouvoir après son dernier mandat constitutionnel, il a tout de même laissé apparaître plusieurs signes allant dans ce sens. Tout d’abord, la question lui a été posée à plusieurs reprises par des journalistes et Alpha Condé a toujours la même réponse : le peuple décidera le moment venu, alors que la constitution (du peuple) l’en interdit !

Par ailleurs, chaque fois qu’un cadre de l’Etat ou de son parti est en mauvaise posture, la tactique pour se relancer est devenue commune : il suffit de lancer des flèches aux opposants et produire des arguments qui plaident pour une présidence à vie ! Si l’auteur ne bénéficie pas d’un décret le lendemain, il aura sa place dans la galaxie présidentielle et éventuellement dans l’hélico du président à la prochaine tournée de « sensibilisation » des populations à la base.

Par contre, personne de ceux qui jouissent d’une parcelle de pouvoir ou qui souhaitent acquérir un marché public, n’ose s’afficher contre cet éventuel- et visiblement inéluctable- troisième mandat. Aujourd’hui, qu’on puisse ajouter que même les ambassadeurs cautionnent cet élan et affirment leur soutien en des termes peu diplomatiques (clairement accessibles au guinéen lambda), rien ne semble empêcher l’ancien opposant historique de dévoiler son agenda. Surtout qu’avec l’installation des PA dans certains quartiers de la capitale (avec là aussi le soutien clairement affirmé des ambassadeurs), plus personne ne peut manifester contre le régime.

Bref, désormais, après plus de cent manifestants tués, Alpha Condé fera du guinéen ce qu’il voudra, aucune mouche ne pourra voler ! Les enfants peuvent rester à la maison, les enseignants radiés, les élus empêchés de s’installer, le prix du carburant à la hausse alors que le baril est en chute libre… Personne ne peut rien ! Mais, jusqu’à quand ?

A suivre !

Nouhou Baldé pour Guineematin.com

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