Ouvert le mercredi dernier, le procès de 42 citoyens (tous interpellés en marge de la manifestation du FNDC à Mamou) s’est poursuivi hier, vendredi 18 octobre 2019, au tribunal de première instance de Mamou. Et, après plusieurs heures de débat au cours desquels les prévenus ont tous plaidé non coupables des charges articulées contre eux, le ministère public a requis des peines différentes, allant de la prison ferme à la relaxe contre ces « manifestants anti-3ème mandat », a appris Guineematin.com après la mise en délibéré de ce dossier « politico-judiciaire ».

Poursuivis pour « participation délictueuse à un attroupement, entrave à la libre circulation sur la voie publique, destruction de biens publics et privés, coups et blessures, violences volontaires et voie de fait », les 42 prévenus ont défilé à la barre du tribunal de première instance de Mamou pour expliquer les circonstances de leurs interpellations par les forces de l’ordre, en marge des échauffourées qui ont éclaté à Mamou en début de cette semaine.

L’audience qui a débuté aux environs de 9 heures30’ a duré jusque tard dans la nuit (vers 1 heure30’ du matin). Elle s’est tenue dans un épais silence qui a été momentanément interrompu à cause des crises d’épilepsie de certains prévenus qui tombaient dans la salle d’audience. Au moins trois personnes qui étaient dans le box des accusés se sont écroulées devant le juge Abdoulaye Conté qui a conduit les débats dans cette affaire.

Dans ses réquisitions, le représentant du ministère public, le procureur Elhadj Sidiki Camara, a requis des peines différentes aux prévenus qu’il a pris par catégorie. Ces peines vont de la prison ferme à la relaxe.

Trois mois de prison (dont un mois ferme) et une amande de 500 mille francs guinéens ont été requis contre cinq prévenus pour les faits de « participation délictueuse à un attroupement, entrave à la libre circulation sur la voie publique, destruction de biens publics et privés, coups et blessures, violences volontaires et voie de fait ». Six mois d’emprisonnement assortis de sursis et 300 mille francs guinéens ont été requis contre vingt autres prévenus pour « participation délictueuse à un attroupement et entrave à la libre circulation sur la voie publique ». Six mois d’emprisonnement assorti de sursis et 200 mille francs guinéens d’amande ont été requis contre deux prévenus pour « manœuvres et actes de nature à compromettre la sécurité publique ou à occasionner des troubles graves à l’ordre public ». Et, la relaxe a été requis pour quinze prévenus contre lesquels « le ministère public n’a pas trouvé suffisamment d’éléments de preuves ».

Prenant la parole, les avocats de la défense, par la voix de Me Paul Lazard Joachim Gbilimou, ont plaidé pour la relaxe de leurs clients, tout en dénonçant un ministère public qui reparti des peines qui lui ont été dictées.

« Mes 42 clients sont poursuivis pour cinq infractions. Et, le procureur n’a pas rapporté la preuve de la commission de ces infractions par mes clients. Ceux qu’on poursuit pour attroupement et autres ont été arrêtés séparément. Alors que l’article 627 et autres disent que pour qu’il y ait attroupement il faut au minimum deux personnes… Mais, nos clients ont été arrêtés un à un, dans des quartiers différents. Ceux qui ont été arrêtés ne sont même pas membres du FNDC (front national pour la défense de la constitution. Certes il y a eu manifestation à Mamou, mais les services mis à la disposition du procureur n’ont pas interpellé les vraies personnes qui ont manifesté… Par rapport aux coups et blessures volontaires, nos clients n’ont pas battu quelqu’un. Et, ceux-là qui ont été blessés ne diront jamais que voici telle personne, parmi les prévenus, qui a porté main sur moi. C’est pourquoi nous demandons que nos clients soient renvoyés des fins de la poursuite pour délits non constitués… Il y a même eu des fous, des gens qui souffrent d’une dépression mentale, qui ont été arrêtés. Vous avez vu les crises d’épilepsie, des gens qui tombent en pleine audience. Et, avec ça le procureur demande que des gens soient condamnés… c’est comme si on lui avait dicté des peines qu’il est en train de répartir aux gens », a plaidé Me Paul Lazard Joachim Gbilimou.

Finalement, le tribunal a mis l’affaire en délibéré pour décision être rendue le lundi, 21 octobre prochain.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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