Le passage du président Alpha Condé au siège du RPG Arc-en-ciel, hier dimanche 24 mars 2019, ne laisse personne indifférent. Le président de la République a invité « à être prêt à l’affrontement », tout en estimant qu’on ne peut lui interdire de consulter le peuple, faisant sans doute allusion à une modification de la Constitution.

Au lendemain de cette sortie, l’on a enregistré une vague de réactions aussi bien des acteurs politiques et sociaux que des citoyens ordinaires. Interrogés par un reporter de Guineematin.com, ce lundi 25 mars 2019, quelques citoyens de Conakry ont donné leur position face aux propos tenus par le président Alpha Condé.

Pour Alhassane Barry, domicilié à Cosa, dans la commune de Ratoma, le président de la République ne devrait pas toucher à la Constitution. « Je dirais au président Alpha Condé de ne pas toucher à la Constitution guinéenne sur laquelle il a juré lors de ses deux prestations de serment. Il n’a qu’à la laisser telle qu’elle est, organiser des élections, pour qu’un autre aussi vienne continuer.

Comme ça, il bénéficiera de l’honneur dont ont bénéficié les autres présidents ayant respecté leurs constitutions. C’est ce que nous citoyens nous lui demandons. Dans les autres pays où la démocratie est beaucoup avancée, les présidents sont respectés. Donc, il n’a qu’à faire comme eux, pour devenir ce qu’ils sont.

Qu’il ne dise pas qu’il va changer la Constitution, si non il va tuer plus que ce que Moussa Dadis a tué.

S’il demande à ses militants d’être prêts à l’affrontement, ce qu’il veut, c’est de mélanger les citoyens guinéens. Maintenant, c’est les guinéens qui savent s’ils doivent s’unir ou non, parce qu’à lui seul il ne peut rien contre nous si nous sommes unis. S’il passe au forcing pour charger la Constitution, le jour qu’ils vont procéder à la mise en place, tous les citoyens vont aller les trouver où ils changent la constitution, régler leur compte sur place. Mais en attendant cela, nous supplions le président Alpha Condé de bien vouloir ne pas toucher à la Constitution pour qu’il sorte par la grande porte », conseille Alhassane Barry.

Pour sa part, Issa Mara, Sociologue de formation rencontré à Cosa, a dit que le président de la République a le droit de consulter le peuple. Mais, à quelle fin ? « Alpha Condé va consulter le peuple. Mais, sur quelle question va-t-il le consulter ? C’est ça le problème. Est-ce que la question pour laquelle il veut consulter le peuple est légale ou illégale ? Si la question est légale, en dehors de ce qu’il soit le président de la République, tout le monde a droit de consulter le peuple dans le bon sens. Ça, c’est le premier aspect.

Le second aspect, il a dit à ses militants se préparer à l’affrontement. La Guinée ne se résume pas à ses militants. Le militantisme, c’est le noyau dur du parti. Donc, c’est le noyau de son parti qu’il conseille, comme pour tous ceux qui veulent barrer la route à une prochaine candidature pour Alpha Condé, qu’ils agissent contre ces gens.

Donc, c’est ce qui veut dire, c’est la lute des contraires dans l’esprit de la loi. Il est de la mouvance, ses militants sont là, l’opposition aussi a ses militants. D’ailleurs, il y a très longtemps que cette lutte a commencé… et de la part de la mouvance, et de la part de l’opposition. Mais, nous attendons la suite de la situation ».

De son côté, Baldé Abdourahmane, marchand de profession, ne cache pas sa surprise devant les propos présidentiels. « La sortie du président Alpha Condé nous a surpris. Ça nous a surpris parce qu’un président de la République ne doit pas se rendre au siège de son parti. Il est président de tous les guinéens. Qu’on le veuille ou pas, il l’est. Même s’il était venu par la force.

Mais, il nous a créés des soucis hier, en disant d’être prêts pour le combat. Tous les guinéens doivent être prêts, mais pas pour un affrontement. Quel affrontement ? C’est très difficile même à le dire, parce qu’aujourd’hui, si tu regardes dans nos familles, toutes les ethnies s’y retrouvent », a fait remarquer monsieur Baldé.

La mésaventure que Blaise Compaoré a connue au Burkina Faso devrait inspirer le président Alpha Condé, soutient Sékou Bamba, entrepreneur résidant à Matoto. « Si vous voyez que le président Blaise Compaoré est parti, c’est qu’il a voulu modifier la constitution. C’est imprudent quand-même. Le mieux pour lui, c’est faire les deux mandats et quitter. Il sortira par la grande porte.

La Constitution dit que c’est deux mandats. Donc, c’est dangereux pour lui d’aller au delà. Tenir des propos comme ça par un chef d’Etat, ce n’est pas bon pour la quiétude sociale. C’est un désastre. Même dans son propre camp, les gens n’accepteront pas ça ».

Selon Emile Lamah, électricien de profession, « si le président dit que rien ne peut l’empêcher de demander au peuple ce qu’il veut, ce n’est que son avis qu’il a exprimé. C’est le peuple qui connait ce qu’il va dire, ce n’est pas lui qui le sait, ce n’est pas lui qui va décider à la place du peuple. Si le peuple veut, la Constitution va être révisée. S’il ne veut pas, elle ne va pas être révisée…Mais, c’est normal de consulter le peuple, puisque c’est lui qui décide et non le président de la République ».

Propos recueillis par Mamadou Bhoye Laafa Sow pour Guineematin.com

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