Comme annoncé précédemment, des jeunes de Kolaboui, dans la préfecture de Boké, étaient dans la rue il y a deux jours pour exprimer leur colère devant le manque d’électricité. Mais, ce manque de courant électrique dans cette localité n’est que la partie visible de l’iceberg, dans une région où l’exploitation outrancière des ressources minières contraste avec la misère des populations.

Dans un entretien accordé à un envoyé spécial de Guineematin.com, à Kolaboui dans la soirée d’hier, vendredi 12 avril 2019, Tibou Diaby, secrétaire général du bureau de la jeunesse de cette sous-préfecture est revenu sur la genèse des manifestations répétées dans la localité. Il a mis à profit cet entretien pour parler de l’impact négatif de cette exploitation minière sur leur localité et du refus des miniers et de l’Etat d’investir pour le développement de Kolaboui.

Guineematin.com : vous avez manifesté jeudi contre le manque du courant électrique dans votre sous-préfecture. Ce n’est pas une première à Kolaboui. Quelle est la racine de ce problème ?

Tibou Diaby : tout a commencé par le non-respect par l’Etat de ses engagements. Chaque fois qu’on réclame nos droits, qu’on menace d’aller en grève, il y a des fausses promesses qui viennent. La dernière manifestation, quand on a voulu la déclencher, ils nous ont dit de trouver une place où poser le reste des poteaux et transformateurs. Chaque fois qu’on demande, ils placent des arguments. Tout le problème est à ce niveau. Dans toute la sous-préfecture, la seule centrale est celle que vous voyez-là. Cette jeunesse se sacrifie. Il y a certains parmi eux qui dorment ici sans salaires.

On a détecté ce que l’ANAIM (Agence Nationale des Infrastructures Minières) apportait comme carburant, c’était moins par rapport à ce qui a été annoncé. Normalement, c’est 1200 litres pourun seul groupe par jour. Mais nous, on recevait 500 litres ici. Et les 500 litres pratiquement, ne pouvaient pas suffire de 18 heures 30 à 06 heures 30. Donc, tout le problème a commencé là. Finalement, on a pu détecter et ils nous ont dit que c’est 750 litres. On a persisté, on a creusé, on a vu que c’est 1200 litres. Ça, c’est la version officielle de l’ANAIM. Donc, après nos calculs, on a constaté une perte annuelle de plus de 6 milliards de nos francs.

Guineematin.com : quelles sont les personnes qui sont impliquées dans ce détournement ?

Tibou Diaby : ça, c’est entre l’ANAIM et ses agents. Parlez, vouloir dénoncer quelqu’un ici, ça va être un autre problème. Mais, tout le problème se trouve au niveau de l’ANAIM. Tout Kolaboui a 16 districts et chaque district a ses secteurs. Le district central qui est là, Kolaboui a 11 secteurs. Les 11 secteurs, pratiquement il y a six (6) qui n’ont pas le courant. Et l’Etat a programmé mordicus qu’il va envoyer nos poteaux. C’est près de 200 poteaux qui peuvent suffire normalement pour les 11 secteurs du district central. C’est là-bas où tout a commencé.

Ça fait une année d’emblée que nous sommes en train de nous battre afin de trouver une solution à ce problème de courant. Voyez, Kolaboui, c’est un lieu stratégique. Quand vous voyez le trajet Malapouya-Dapilon, ça prend pratiquement assez de choses. Le taux d’exploitation de la bauxite est très élevé ici à Kolaboui. Nous sommes aujourd’hui à des millions de tonnes par an. Vu tout ce problème, les gens sont frustrés à l’intérieur.

Guineematin.com : vous pensez qu’avec toute cette exploitation, Kolaboui devait bénéficier en termes d’infrastructures et de services de la part des miniers mieux que ça ?

Tibou Diaby : bien-sûr. Vous avez vous-même constaté tout au long de votre trajet que nous n’avons pas d’infrastructures dignes de nom qui puissent valablement représenter Kolaboui. Le bâtiment que vous voyez en face, c’est le centre culturel, ça a été décroché par la jeunesse. C’est Fadi qui est en train de nous construire ça, il nous a promis un terrain de football. Un bâtiment neuf sera construit derrière ici. Mais, ce n’est pas suffisant.

On a de sérieux problèmes ici : on n’a pas d’eau, on n’a pas d’électricité. Et, quand vous regardez les impacts environnementaux, c’est un autre problème aussi. Sinon, avant la saison pluvieuse, à pareille heure, les mangues sont mures. Mais regardez comment ça vient, ça c’est à cause des poussières.

Guineematin.com : parlons de cette dernière manifestation. On apprend que des jeunes se sont attaqués à des biens de l’Etat.

Tibou Diaby : non, il n’y a pas eu destruction de biens. Le rond-point là, on a dit aux gendarmes de ne pas intervenir. Parce que nous, on a la maitrise de nos enfants. Chaque fois que nous manifestons ici, nous évoluons pratiquement avec les enfants. Et ces enfants-là n’écoutent que ce groupe-là. Mais, ce petit dérapage-là, cette goutte d’eau qui a débordé le vase, c’est dû à l’entêtement des forces de l’ordre. Parce qu’ils sont venus ici pour faire des va-et-vient inutiles. Nous, on avait déjà enlevé les barrages, il n’y avait personne dans les rues.

Donc, ils faisaient des allers-retours pour juste provoquer. Ils quittaient Conakry, ils ont vu des enfants en bordure de route, c’est-à-dire les riverains qui étaient là, paf ! Il y a eu altercation. Ils ont commencé à lancer du gaz lacrymogène. Vous savez, les cases ont horreur du soleil. A 15 heures zéro, ils ont visé une case, la case a pris le feu et carrément, ça a voulu prendre les magasins.

N’eut été la collaboration de la population, de la communauté, les magasins-là allaient partir en fumée. Au moment où nous essayions de maîtriser le feu, ils continuaient à nous lancer encore le gaz lacrymogène. On ne sait pas maintenant si c’est cette pagaille qui arrange les forces de l’ordre ou autre chose. C’est un peu là notre inquiétude.

Guineematin.com : on apprend aussi que le véhicule du préfet a été attaqué. Parlez-nous en !

Tibou Diaby : non. C’est aujourd’hui qu’il y a eu ce dérapage. Parce qu’hier nuit, il y a eu d’autres problèmes encore. Les forces de l’ordre soutiraient de l’argent, les enfants aussi profitaient ailleurs. C’était le plus fort qui gagnait maintenant sur le terrain. On a enregistré ça. Il y a eu d’énormes pertes. Certains ont perdu 600 milles, d’autres 3 millions, ainsi de suite. Les gendarmes sont accusés dans ces cas de vol, mais comme on n’a pas de preuves palpables, tangibles contre eux, c’est ça. Parce que, tu ne peux pas filmer un gendarme en train de te fouiller.

C’est à la suite de cela que les enfants ont répliqué en attaquant les engins de certaines sociétés comme SOGEA SATOM. Maintenant, le même groupe de gendarmes est sorti pour intervenir. Des malfrats ont été arrêtés par les agents de sécurité que nous avons mis en place et remis aux forces de l’ordre.

Guineematin.com : concrètement, qu’est-ce que vous demandez à l’Etat, aux sociétés minières qui évoluent ici à Kolaboui ?

Tibou Diaby : nous demandons premièrement, la construction des écoles. Nous n’avons pas d’écoles ici. Certains enfants marchent à des distances allant jusqu’à 15 kilomètres pour leur école. Nous voulons des écoles de métiers qui puissent recevoir des milliers d’enfants. Parce que c’est notre relève. Notre souci aujourd’hui, c’est comment ces enfants seront formés. On veut aussi de l’électricité, de l’eau et la construction d’infrastructures à Kolaboui.

Propos recueillis à Kolaboui par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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