Deux semaines après sa « marche funèbre du troisième mandat (qui avait mobilisé plus d’un million de personnes) », le front national pour la défense de la constitution (FNDC) vient de faire une autre démonstration de force à Conakry. A son appel, une marée humaine a inondé ce jeudi, 07 novembre 2019, les rues de la capitale guinéenne.

Parsemée de rouge (couleur du FNDC), cette marée humaine a battu le pavé pour exprimer son opposition à une nouvelle constitution qui ouvrirait le boulevard à un troisième mandat pour l’actuel chef de l’Etat guinéen, le Pr Alpha Condé. Et, c’est avec le maitre mot : « Amoulanfé (ça ne marchera pas, en Soussou) », que les marcheurs sont partis du rond-point de la Tannerie pour l’esplanade du stade du 28 septembre, en passant par Gbessia-Condébounyi, le Carrefour Concasseur et le rond-point Hamdallaye, rapporte un reporter de Guineematin.com qui a suivi ces marcheurs.

Une marche pacifique, une discipline, un mot fort aux lèvres des marcheurs : « Amoulanfé ». Comme dans un théâtre où les rôles sont connus des acteurs, les opposants à un 3ème mandat en Guinée, qui ont déferlé ce jeudi sur les artères de Conakry, avaient les mots et les gestes pour exprimer leur engagement à combattre ensemble tout projet de référendum constitutionnel dans le pays. Pour se saluer, on lève la main et on crie mutuellement : « Amoulanfé ». Une façon pour cette foule compacte d’hommes, de femmes et de jeunes de la capitale guinéenne de dire au président Alpha Condé de respecter la constitution de Mai 2010. Une constitution sur laquelle l’actuel locataire du palais Sékhoutouréyah a juré, par deux fois (en 2010 et 2015), de respecter et de faire respecter.

Dans une interminable pétarade de moto, on entendait : « Non au 3ème mandat ! A bas la nouvelle constitution ! 2020, un autre ». Pour se moquer du parti au pouvoir, le RPG arc-en-ciel (qui a récemment organisé une réception pompeuse pour le président Alpha Condé), les marcheurs du FNDC ont dédicacé une chanson, sans passé dans un studio d’enregistrement. « Moutan, moumoumigui sarama. Mou hongni nan gbéra (Nous, nous ne payons pas les gens. C’est chez nous ici) », disaient-ils en esquissant des pas de danse.

Comme l’avait promis le FNDC, la mobilisation a été grandiose ; et, la marche, pacifique. Sous le ciel bleu de Conakry, on s’aspergeait de l’eau, on se tapotait l’épaule, on échangeait quelques mots amicaux, on riait… A voir l’ambiance qui régnait dans la file interminable de marcheurs, un observateur (non averti sur les réalités actuelles de la Guinée) pourrait bien s’interroger sur les divisions dont on parle tant entre les Guinéens.

Sorti de chez lui aux environs de 11 heures 30’, Sidya Touré, le président de l’Union des forces républicaines (UFR) a eu du mal à se frayer un chemin pour atteindre la Tannerie (le point de ralliement des marcheurs). Malgré les efforts déployés au milieu de cette foule dense, son cortège a dû se limiter au niveau de l’aéroport international de Conakry. D’ailleurs, c’est là que Sidya Touré a attendu son homologue, Cellou Dalein Diallo, le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) et chef de file de l’opposition guinéenne.

Au point de chute de la marche à Dixinn, l’esplanade du stade du 28 septembre était noire de monde. Les marcheurs étaient arrêtés jusque dans le quartier. Et, une marée humaine, une file interminable de marcheurs, stationnait tout au long de la route qui mène à la Belle vue. Ces derniers n’ont rien entendu des différents discours qui ont été prononcés à l’esplanade du stade. « Il n’y a pas eu de discours ? » demandaient-ils à ceux qui rebroussaient chemin, après la clôture de la marche.

Visiblement, après la pauvreté, la défense de la constitution de Mai 2010 est la chose la mieux partagée actuellement en Guinée. La défense de cette constitution rapproche même des ennemis politiques. Car, au milieu de la foule qui était ce jeudi dans les rues de Conakry, un homme a forcé les regards. Il s’agit du leader de l’Union pour la démocratie et le développement (UDD). Après avoir été hué et « agressé » lors de la marche du FNDC à Dakar (au Sénégal) la semaine dernière, Bah Oury a été applaudi aujourd’hui par les marcheurs de la capitale guinéenne, des marcheurs qui ont battu le pavé sans incident majeur.

A noter que tout au long du trajet qui a conduit les marcheurs à l’esplanade du stade du 28 septembre, des citoyens étaient massés au bord de la route et sur des bâtiments à étage pour galvaniser la foule d’opposants à un 3ème mandat du président Alpha Condé.

A suivre !

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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