Sidya Touré, président de l’UFR

Peu après la dispersion de la marche que le FNDC a organisée ce jeudi, 14 novembre 2019, à Conakry, Sidya Touré a accordé une interview à un groupe de journalistes dont un de Guineematin.com, à son domicile. Le président de l’UFR et membre du Front National pour la Défense de la Constitution a dénoncé une agression des manifestants par les forces de l’ordre, accusant le président Alpha Condé et son gouvernement d’être à l’origine de cette situation.

Décryptage !

Contrairement aux deux précédentes, votre marche d’aujourd’hui n’a pas pu arriver à terme. Elle a été dispersée au niveau de Gbessia par les forces de l’ordre. Que s’est-il passé exactement ?

Comme vous le savez, la marche n’avait pas été interdite. Nous avons obtenu l’autorisation de marcher jusqu’à Kondébounyi. Si nous étions passés outre, on peut dire que la police aurait pu intervenir, mais il ne s’agit pas de cela. Nous étions au-delà de ce carrefour et nous avons été attaqués par les forces de l’ordre, mais de manière assez brutale. J’estime qu’il y avait une volonté réelle d’en découdre aujourd’hui, de faire de la casse. Et, le résultat de ce que vous voyez à Conakry aujourd’hui a été réfléchi, pensé, mis en exécution au niveau du gouvernement. Ce sont des décisions d’Alpha Condé qu’on applique.

Le gouvernement déplore 5 bus lui appartenant qui ont été saccagés. De votre côté, quel est le bilan ?

On s’est attaqué à mon véhicule, parce qu’on a lancé une grenade lacrymogène en direction de mon chauffeur, il a perdu le contrôle du véhicule. On s’en est sortis heureusement. C’est un passant qui était dans une voiture, qui m’a embarqué avec deux de mes gardes du corps pour partir. Non seulement mon véhicule a été plus ou moins saccagé, on a cassé les vitres, détruit tous les pneus, mais le véhicule également qui transportait mes gardes du corps a été complètement saccagé. On s’est attaqué à tout le monde mais mon cortège a été particulièrement visé. Et ça, ça répond à une mission du nouveau ministre de la sécurité qui est chargé d’agresser Sidya Touré puisque peut-être l’autre (l’ancien ministre Alpha Ibrahima Keïra) ne l’avait pas bien réussi.

Face à cette situation, que fera le FNDC ? Est-ce que vous allez finalement abandonner le combat ?

Pourquoi stopper dans la mesure où nous n’avons pas atteint nos objectifs qui sont des choses extrêmement claires ? Premièrement, libérer nos gens, les leaders du FNDC qui sont en prison ; deuxièmement, continuer à protester contre l’idée même du 3ème mandat pour Alpha Condé ; et troisièmement refuser l’idée d’une élection fabriquée où on veut se donner 3/4 des députés pour pouvoir maintenant modifier la constitution à l’Assemblée nationale si le référendum ne marche pas. Donc, il s’agit de toute une mise en scène aujourd’hui pour faire taire le peuple de Guinée. Vous avez vu ce qui se passe dans Conakry. Je pense qu’on aurait dû laisser les gens marcher tranquillement et rentrer à la maison.

Vous avez parlé de l’agression dont vous avez été particulièrement victime. Est-ce qu’une plainte est envisagée suite à cette situation ?

Vous voulez que je porte plainte parce qu’on a détruit mes véhicules ? (rires). Ceux qui ne sont pas capables de répondre à des plaintes concernant des assassinats des Guinéens, vous croyez que ma plainte concernant la destruction de mes deux véhicules ça peut porter ? Peut-être qu’on le fera pour la forme. On prendra quelqu’un pour venir regarder tout cela, et quand ça sera fini nous déposerons un dossier. Mais, c’est seulement pour la forme, nous n’attendons rien de cela. Nous sommes à près de 130 morts depuis 9 ans, je n’ai pas vu une plainte aboutir. Ce n’est pas pour deux véhicules de monsieur Sidya Touré que la justice va être rendue.

Quel est votre moral aujourd’hui ?

Très haut, je me dis que nous nous battons pour notre pays honnêtement. On est dans la neuvième année, bientôt la dixième année de la gouvernance la plus médiocre que je n’ai jamais vue au monde. Je le répète tous les jours, ce n’est pas que quelqu’un en veut à Alpha Condé. Nous venons de passer 9 années dans notre pays, on n’a pas 100 kilomètres de routes, on n’a pas une université, un hôpital, il n’y a aucune grande ville du pays où il y a de l’eau, ou il y a de l’électricité, à commencer par Conakry, pas d’assainissement. Donc là, nous ne voulons pas qu’il s’installe au pouvoir pour la vie. Les 10 ans seront largement suffisants et ceci est conforme à notre législation. Voilà ce que nous voulons. Nous disons de continuer à se préparer à manifester, à ce que les Guinéens n’acceptent pas cette forfaiture, ça ne nous emmène nulle part.

Propos recueillis par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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