Rentré hier d’une tournée qui l’a conduit successivement en France, au Maroc et au Sénégal, Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG et chef de file de l’opposition guinéenne, a accordé une interview à Guineematin.com ce lundi, 27 novembre 2019.

Le principal opposant au régime actuel a dénoncé les propos du président Alpha Condé tenus récemment à N’Zérékoré et en Haute Guinée. Il a également été question de la marche de demain jeudi, projetée par le Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) contre le 3ème mandat.

Décryptage !

Guineematin.com : vous rentrez d’une tournée qui vous a conduit successivement en Europe, au Maroc et au Sénégal. Qu’est-ce qu’on peut retenir de cette autre tournée à l’extérieur du pays ?

Cellou Dalein Diallo : écoutez, j’étais en France, d’abord pour participer en tant qu’expert à un atelier sur le financement des entreprises qui a été organisé par le ministère de l’Economie et des Finances. Donc, cet atelier a eu lieu à Bercy et naturellement j’ai rencontré beaucoup de personnalités y compris le ministre de l’Economie et des Finances, y compris le secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères chargé des Affaires européennes, beaucoup de représentants du MEDEF international, beaucoup de directeurs de grandes banques : Société Générale, BNP PARIBAS. Et, j’étais moi-même dans un panel pour le financement des entreprises. Donc, j’ai pu apporter une contribution au débat, grâce à la petite expérience que j’ai eu ici en Guinée, d’abord à la Banque centrale, mais également dans l’exercice d’autres fonctions ministérielles que j’ai eues à assumer ici. Ensuite, il y avait le mini-sommet sur la paix où il y avait une douzaine de chefs d’Etat africains qui étaient invités, des spécialistes des questions de sécurité et puis on a participé à plusieurs séances. Mais, j’ai également rencontré plusieurs chefs de d’Etat, notamment Youssouf, le président en exercice de la CEDEAO. Avec ces chefs d’Etat, nous nous sommes entretenus sur la situation en Guinée. Après Paris, je suis allé à Dakar. Là, j’étais invité au 6ème forum sur la paix et la sécurité en Afrique auquel j’ai pris part, j’ai rencontré beaucoup de personnalités avec lesquelles j’ai eu des entretiens. Après ça, je suis parti pour le Maroc en tant que vice-président de l’international Libéral, nous avions une session du comité exécutif de cette organisation. Là aussi, j’ai pris part aux nombreux débats, j’ai pu délivrer aussi un message en tant que Chef de file de l’Opposition et membre du FNDC sur la situation qui prévaut en Guinée et en marge j’ai eu beaucoup d’entretiens avec des personnalités marocaines et internationales.

Guineematin.com : beaucoup d’observateurs pensent que ces missions à l’extérieur visent à préparer 2020. Qu’est-ce qu’il en est ?

Cellou Dalein Diallo : je suis invité en tant qu’expert à certains forums. Certains ateliers, je viens donner des points de vue de quelqu’un qui a une certaine expérience de la gestion de l’Etat, j’ai été pendant une dizaine d’années ministre, Premier ministre ; j’ai été pendant une douzaine d’années directeur, puis directeur général de la banque centrale chargé de la conduite de la politique monétaire. Et donc, souvent je suis sollicité ou invité pour donner ma vision et délivrer des messages évidemment en tant que Chef de file de l’opposition et membre du FNDC. Je saisis l’opportunité pour expliquer la genèse de la crise qu’Alpha Condé nous a imposée aujourd’hui en Guinée pour s’octroyer une présidence à vie. Donc je suis invité souvent et je profite pour donner parler de la situation en Guinée. Il ne faut pas oublier que l’international libéral avait déjà diffusa un communiqué pour déplorer l’usage disproportionné de la force contre des manifestants pacifiques. Le bilan était là et aujourd’hui on a 23 morts, 23 guinéens qui exerçaient leur droit à la manifestation et qui ont été tués souvent à bout portant. Donc, cette violation récurrente des droits humains dans notre pays est une préoccupation de la communauté internationale. Et, je suis bien placé pour témoigner puisque nous sommes aujourd’hui à plus de 127 morts de jeunes gens qui n’ont pas eu droit à la justice et à la moindre compassion du gouvernement.

Guineematin.com : le président de la République était ce week-end en Haute Guinée. Il n’a pas manqué de faire des promesses. Il s’est aussi attaqué à ses opposants. En tant que Chef de file de l’opposition, comment vous avez accueilli ces discours du président de la République tenus aussi bien à N’Zérékoré, Kankan et à Siguiri ?

Cellou Dalein Diallo : oui, il a dit qu’il considère les anciens Premiers ministres comme des bandits, qui ne vont pas le remplacer et qu’il laissera le pays dans des mains propres. Ça montre simplement que monsieur Alpha Condé n’est pas démocrate, ce n’est pas à lui de décider. Je pensais qu’il allait dire qu’il laissera le peuple de Guinée choisir son successeur dans le respect des principes et des règles démocratiques. Malheureusement, il dit que c’est moi qui vais décider : tel et tel ne me remplaceront pas, et je ferais en sorte que ces gens-là, qu’il qualifie de bandits, ne prennent pas la direction du pays. Ce qu’il oubli, c’est que les trois Premiers ministres qu’il aime citer, c’est-à-dire Lansana Kouyaté, Sidya Touré et moi-même, nous avions totalisé en 2010 plus de 65% des suffrages valablement exprimés. Mais Alpha lui, il connait plus que le peuple. Le peuple nous a choisis parce que le peuple sait dans quelles conditions on a exercé la haute responsabilité. Il était à Kankan, il était à Siguiri. J’ai laissé là-bas un bilan au temps du feu Général Lansana Conté. J’ai désenclavé cette région, les trois ouvrages de franchissements les plus importants qui sont là-bas : le pont sur le Niger à Yirikiri, le pont sur le Niger à Djelibakoro, le pont sur le Tinkisso à l’entrée de Siguiri et sans compter la route de Kouroussa jusqu’à Kourémalé. Nous avons pu réaliser dans cette région dans le cadre justement du désenclavent de la Guinée. Il veut présenter Lansana Conté comme le roi nègre, paresseux, incompétent et que c’est les Premiers ministres qui faisaient tout. Le président Lansana Conté était un président responsable, qui était digne de la confiance de notre peuple et qu’on ne pouvait pas tromper comme lui, il le suggère ; pour disculper Conté et inculper ceux qui ont été ministres ou Premiers ministres de Lansana Conté. De toutes les façons, ce qu’on attendait de lui Alpha Condé qui prétend s’être battu pendant 40 ans de la démocratie, c’était d’œuvrer pour l’instauration, la consolidation des acquis démocratiques et organiser, au terme de son second et dernier mandat, des élections libres et transparentes pour permettre au peuple de Guinée de choisir son président. Mais, il dit non, tel et tel, je fais tout pour les exclure, ce n’est pas la démocratie, c’est la dictature, c’est la négation du droit, mais surtout le droit du peuple de choisir ses dirigeants. Alors il a dit à Kankan que les fils de Kankan se sont alliés aux ennemis de la région. Ces ennemis c’est qui ? Je pense qu’entre guinéens, il n’y a pas d’ennemis ? Il n’y a que des adversaires politiques. Si un fils de Kankan, Dr Ousmane Kaba a une alliance avec Sidya Touré ou Cellou Dalein, je pense qu’ils sont tous citoyens de ce pays, ils sont tous leaders politiques de ce pays et que le rôle du président, c’est de consolider l’unité de la nation et non de la détruire comme il est en train de le faire maintenant. Donc, ça montre tout simplement que le pays est mal dirigé. C’est dommage que des discours comme ça soient tenus par celui qui prétend être le président de tous les Guinéens.

Guineematin.com : dans le cadre du combat contre le changement de la constitution, le FNDC compte organiser une marche pacifique demain à Conakry. En tant que membre du FNDC, comment préparez-vous cette marche ?

Cellou Dalein Diallo : j’ai écourté mon séjour à l’étranger pour venir prendre part à cette marche parce qu’elle est importante. Je suis convaincu que les Guinéens sortiront massivement pour marquer leur opposition à ce projet de changement de la constitution, qui ne s’explique pas, qui ne se justifie pas et qui en plus est illégal. Pourquoi au terme de son second et dernier mandat, Alpha Condé veut changer la constitution ? Pourquoi ne laisserait-il pas cette tâche à ses successeurs ? Pourquoi depuis qu’il est au pouvoir, il ne fait que jurer sur cette constitution, d’agir au nom de cette constitution, viser sur cette constitution pour tous les actes qu’il prend, il l’a jamais critiqué et maintenant qu’il est prêt à partir, il estime qu’il faut la changer, qu’elle comporte beaucoup de lacunes ; alors, si ce n’est sa volonté de s’octroyer une présidence à vie. Et donc, les Guinéens ne l’accepteront pas et moi j’invite tous les guinéens à se mobiliser davantage encore demain pour marquer de façon solennelle, de manière forte notre opposition à ce projet de monsieur Alpha Condé.

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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