Après plus d’une semaine de tensions ayant conduit à un mort, des blessés, de nombreuses interpellations et des pillages de commerces, une solution de sortie de crise a été trouvée entre les autorités de N’zérékoré et les opposants à un troisième mandat, emmenés par l’antenne locale du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC). Mais, qui sort réellement gagnant de cette situation ?

Rappelons tout d’abord que cette crise qu’a vécu la capitale de la Guinée forestière est partie d’une réunion au cours de laquelle, le préfet de N’zérékoré, Elhadj Sory Sanoh, a annoncé l’interdiction des activités du Front National pour la Défense de la Constitution sur toute l’étendue de la préfecture. Elhadj Sory Sanoh avait, alors, instruit tous les sous-préfets d’arrêter et de mettre à la disposition de la justice, toute personne qui se présenterait dans leur localité comme étant un membre du FNDC, sans un ordre de mission signé de lui-même.

En réponse à cette décision jugée « antidémocratique et liberticide », les responsables de l’antenne régionale du Front National pour la Défense de la Constitution ont appelé les citoyens de N’zérékoré à une marche pacifique le jeudi, 13 juin 2019. Malgré l’interdiction de la manifestation par la mairie, plusieurs personnes, opposées à un troisième mandat pour le président Alpha Condé sont descendues dans les rues de la ville. La répression de cette marche pacifique par les forces de l’ordre a causé la mort d’une personne et fait plusieurs blessés, 44 interpellations et des boutiques pillées et saccagées.

Face aux menaces qui pesaient contre eux suite à cette situation, les responsables locaux du FNDC ont dû vivre en cachette pendant plusieurs jours. C’est ainsi que l’ancien maire de N’zérékoré, Cécé Loua, a engagé une médiation entre eux et les autorités locales (Gouverneur, préfet, maire). Après avoir rencontré séparément les deux camps, le médiateur est parvenu à les réunir autour d’une même table au gouvernorat de N’zérékoré pour discuter d’une solution de sortie de crise.

A l’issue des négociations, les parties prenantes sont convenues de ce qui suit.

« Suspension de toute manifestation politique de tout bord dans les lieux public à N’zérékoré jusqu’à nouvel ordre ;

L’autorité administrative renonce à son droit de poursuite judiciaire contre les membres du FNDC en faveur de la paix ;

Sollicite auprès du tribunal de première instance de N’zérékoré un procès équitable en faveur des détenus ».

Après la signature de ce protocole d’accord, les responsables du FNDC-N’zérékoré ne vivent plus en cachette et ils ne sont plus menacés d’arrestations ou de quoi que ce soit. Mais, c’est pratiquement tout ce qu’ils ont gagné, en plus bien sûr de l’implication des autorités communautaires et religieuses de N’zérékoré dans la recherche d’une solution de sortie de crise (c’était là une des leurs revendications en allant à ces négociations). Et puis, la signature de ce protocole a, peut-être, dû peser dans la décision du tribunal de N’zérékoré rendue ce matin à l’issue du procès des personnes interpellées lors de la manifestation appelée par le FNDC le 13 juin dernier.

La juridiction a relaxé une partie des prévenus pour délit non constitué et condamné d’autres à des peines assorties de sursis. Ce qui permet aux 44 personnes concernées de recouvrer leur liberté après une semaine de détention. Mais, il faut dire que la principale revendication du FNDC et qui est d’ailleurs à la base de toute cette situation, n’a pas été pris en compte dans cette sortie de crise. Il s’agit du libre exercice des activités de la structure (installation d’antennes, réunions, meetings, sensibilisation des citoyens, et tout ce qu’il faut dans son combat contre l’adoption du projet de nouvelle constitution, dont le but est d’octroyer un troisième mandat au président Alpha Condé) dans toute la région.

A l’analyse de cette situation, on pourrait se dire que les activistes anti-troisième mandat emmenés par le FNDC-N’zérékoré sortent perdants de ce bras de fer avec les autorités locales. Parce que ces dernières ont obtenu exactement ce qu’elles cherchaient, qui n’est autre que l’interdiction des activités du Front National pour la Défense de la Constitution dans la région. Que vaudra l’antenne du FNDC à N’zérékoré si elle ne peut pas mener des activités sur le terrain ? Il est bien vrai que l’interdiction de manifester touche aussi bien les pros que les anti-troisième mandat ou nouvelle constitution (il ne s’agit là en réalité que d’un jeu de mots qui veut dire la même chose).

Il ne faut pas oublier cependant que le pouvoir n’a nullement besoin de manifestations de rue pour faire passer son projet. La plupart des ministres sont déjà sur le terrain actuellement pour mener une campagne à peine déguisée dans ce sens. Ils vont, officiellement, pour procéder à des poses de premières pierres de la construction d’infrastructures d’utilité publique, mais qui ne sont en réalité que de meetings de campagne en faveur d’une nouvelle constitution. Les populations de N’zérékoré le savent très bien puisque le ministre Papa Koly Kourouma, à la tête d’une délégation, est en tournée depuis plusieurs jours dans la région.

En réussissant donc à arrêter l’élan entamé par le FNDC-N’zérékoré et qui commençait à faire de l’écho au sein des populations de la région, les autorités de N’zérékoré peuvent pousser un soupir. Car désormais, la voie est libre pour eux, afin de mener tranquillement et sans beaucoup de bruit, leur campagne en faveur d’un référendum constitutionnel qui permettra au président Alpha Condé de briguer un troisième mandat.

Alpha Fafaya Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 628124362

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